Walter Salles avait placé la barre très haut avec son excellent Je suis toujours là mais pour élire le prix fictif du meilleur film latino-américain de l'année, à parvenir sur nos écrans, il sera permis d'hésiter avec l'opus nouveau de Kleber Mendonça Filho, à savoir ce merveilleux Agent secret. Ample, profond et riche en sédiments variés, le film évoque la dictature militaire brésilienne, sans avoir besoin de la nommer, dans un récit qui s'autorise un beau suspense mais ne s'interdit aucun genre pas même dans les registres du fantastique ou de l'absurde. Par quelle magie est-ce que tout fonctionne à plein dans L'agent secret, y compris une fantaisie temporelle qui ajoute encore une couche d'intérêt ? La qualité de son écriture, évidemment, et l'agilité de sa mise en scène, pour sûr, tellement visible dans une première scène au milieu de nulle part et qui permet de se dire, d'emblée, c'est donc cela un grand film ! On y ajoutera le casting, à commencer par l'immense Wagner Moura, épatant, magnifiquement entouré par une galerie de "gueules" qui apportent un parfum d'authenticité supplémentaire au Recife des années 70, dans lequel une salle de cinéma joue un rôle primordial. Pour connaître le sort réservé aujourd'hui à ce temple du 7ème art, un peu de patience, la révélation figure dans les derniers instants de ce film de 160 minutes qui semble en durer trois fois moins.
PS : revu le 20 septembre, lors de la séance d'ouverture du festival Latino de Biarritz. Et c'est tout aussi bien la deuxième fois, avec une attention encore plus grande à la brillante structure narrative.