Un objet cinématographique surprenant !

Quel objet cinématographique fascinant que cet Agent Secret !


À la lecture du titre, on s’attendrait à un polar classique, à un récit à suspense linéaire. Or, le dernier long-métrage de Kleber Mendonça Filho déjoue précisément ces attentes et ne cesse de surprendre, sollicitant activement le spectateur dans la construction du récit.


Dès les premières minutes, le film s’ouvre sur une scène mystérieuse : une station-service abandonnée, un corps étendu au sol, puis une altercation étrange (et surtout oppressante) avec des policiers brésiliens. En un instant, le cinéaste évoque l’atmosphère d’un Brésil sous dictature militaire. Jamais explicitée de façon frontale, celle-ci se retrouve en toile de fond omniprésente du récit.


La première partie entretient volontairement la confusion. La mise en scène est ici soustractive : les séquences ne semblent pas se répondre entre elles, les indices se dispersent, et c’est au spectateur d’en rassembler les morceaux, de spéculer et d’interpréter. À ce brouillage s’ajoutent des éléments fantastiques et des étrangetés diverses qui déstabilisent le cadre initial du récit : un chat mutant, une jambe déchiquetée et un groupe de policiers corrompus et menaçants…


On pourra regretter une seconde partie plus lisible, mais aussi plus convenue, qui dévoile trop rapidement les motivations du protagoniste.

Plot twist : celui-ci n’est d’ailleurs pas un agent secret, mais un simple enseignant-chercheur cherchant avant tout à protéger sa vie et celle de son fils.

Cette confusion se retrouve également à travers l'identité générique du film, oscillant entre polar, fantastique, horreur et même un certain esprit tarantinesque, mais aussi dans son propos, qui reste volontairement ambigu. Que raconte vraiment L’Agent Secret ? S’agit-il d’un énième récit sur la répression dictatoriale, la corruption et l’emprise du capitalisme (le motif récurrent du requin n’aurait alors rien d’anodin), ou s'agit-il plutôt d’une histoire intimiste, centrée sur la relation d’un père et de son fils ? Libre au spectateur d’y projeter sa propre lecture.


Le dernier Mendonça FIlho n’est donc pas le « gloubi-boulga » qu’il pourrait sembler être au premier visionnage. Avec un peu de recul, il apparaît comme un film d’une grande maîtrise, tour à tour drôle et angoissant, et qui redonne au spectateur ce que le cinéma offre de plus précieux : l’exercice de son intelligence.

Cast17
8
Écrit par

Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Les meilleurs films de 2025

Créée

le 28 nov. 2025

Critique lue 69 fois

Théo Cast

Écrit par

Critique lue 69 fois

6

D'autres avis sur L'Agent secret

L'Agent secret

L'Agent secret

8

Plume231

2377 critiques

Danse avec les requins !

Avec L’Agent secret, Kleber Mendonça Filho — avec lequel je fais connaissance et qui fait maintenant partie de mes réalisateurs à explorer et à suivre — signe un film qui prend explicitement le parti...

le 18 déc. 2025

L'Agent secret

L'Agent secret

3

Tonio-Marseille

23 critiques

Une vraie torture

J'ai trouvé le film beaucoup trop long,Pour moi ça participe au problème de ces films acclamés en Festival alors qu'ils sont longuement ennuyeux. Faut faire attention parce qu'à force, une partie du...

le 28 nov. 2025

L'Agent secret

L'Agent secret

5

Mr_Purple

94 critiques

Recife ne répond plus

La lenteur narrative de L’agent secret permet d’amonceler, dans les interstices de sa mince intrigue policière, une suite de détours narratifs, de détails, de dialogues périphériques qui finissent...

le 26 mai 2025

Du même critique

Tatami

Tatami

8

Cast17

34 critiques

Quand le sport est affaire de politique

Il faut croire que les thrillers féministes étrangers ont le vent en poupe cette année. À raison d'ailleurs.Après le drame indien captivant Santosh de la réalisatrice Sandhya Suri, projeté en juillet...

le 10 sept. 2024

Hamnet

Hamnet

6

Cast17

34 critiques

La tragédie de l'enfant perdu

Le visionnage du dernier film de Chloé Zhao a d’abord été pour moi un véritable supplice, en ce qu’il incarne tout ce que je déteste au cinéma : un martèlement émotionnel constant infligé au...

le 24 janv. 2026

Ceux qui rougissent

Ceux qui rougissent

8

Cast17

34 critiques

Ceux qui rugissent

S'il y a bien quelque chose que l'on peut aisément reconnaître à Arte, c'est bien la qualité de ses mini-séries actuelles, des œuvres télévisuelles qui, il faut le rappeler, sont par delà le marché,...

le 15 oct. 2024