Un homme qui se produit comme télépathe dans des spectacles va tuer quelqu'un lié à son passé. Il crée un alibi avec une entraineuse comme quoi elle aurait passé la nuit avec lui au moment du crime, contre une somme d'argent. Voyant qu'elle n'est pas sincère dans ses dires, l'inspecteur de police qui l'interroge comme témoin veut employer un de ses collègues afin de la charmer, pour qu'elle puisse lui fournir des aveux.
Bertrand Tavernier avait beaucoup d'estime pour Pierre Chenal, il en parle d'ailleurs dans son Voyage dans le cinéma français, et il faut dire que plus je vois ses films, plus sa réputation n'est pas usurpée. Peu après L'alibi, il a fui en direction de l'Argentine durant plusieurs années afin d'échapper à des représailles durant la guerre en tant que Juif, et cela explique sans doute la rareté des son œuvre, méconnue jusqu'alors. Mais L'alibi est peut-être dans ses plus grandes réussites, avec une large influence du cinéma américain, jusqu'à employer Eric Von Stroheim en télépathe exemplaire dans la sobriété, et tout un jeu subtil sur le langage, des décennies avant Inglourious Basterds, où l'acteur peut discuter avec l'inspecteur de police joué par Louis Jouvet, où, dans le même plan, la discussion peut aller du français à l'anglais dans la plus grande fluidité. Tout comme ce travail sur la mise en scène qui évoque bien entendu le Film Noir, avec ce jeu sur les ombres, et Jany Holt, l'entraineuse, blonde comme les blés, en contradiction complète avec la pureté qu'elle dégage.
Tout cela en fait un film très efficace, taillé dans la serpe jusqu'à ne faire que 80 minutes, et si l'histoire d'amour entre Holt et le policier joué par Albert Préjean prend le dessus dans le seconde partie, c'est constamment passionnant, et porté par des acteurs d'une grande force. En particulier les scènes entre Stroheim et Jouvet.