Les psychopathes aussi ont des sentiments

Au début, il y a cette scène de vente aux enchères qui s'éternise, on ne sait pas trop pourquoi on attend, mais on attend, on sent la tension monter. Et là on voit ce mec lambda, malade, près à crever, avec sa femme jouée par Lisa Kreuzer sublime comme toujours, qui cherche juste à survivre, qui se moque de tout sauf de l'art. S'ensuit une poignée de main manquée, qui fait basculer un destin.


Et voilà le personnage de Bruno Ganz poussé en avant par sa maladie, courant à travers les tunnels de Hambourg, à la recherche d'un peu d'espoir. Et l'espoir, il le trouve dans ses voyages incessants, d'une ville européenne à l'autre, recruté mystérieusement pour devenir tueur à gages. Pourquoi? On s'en fout. Par qui? On s'en fout presque autant. Une vague histoire de trafic d’œuvres d'art plus ou moins compréhensible laissée en marge du film sert juste de prétexte à l'affaire.


Ce qui compte, c'est que voilà notre personnage souffreteux, face à des choix cruciaux, et toujours obligé d'avancer de plus en plus vite ; sa vie lui échappe. Pourtant, les meurtres trainent en longueur, on suit la cible bien trop long, on hésite, on ne sait pas quoi faire, Ganz galère parce que il est un amateur, et toujours la séquence se prolonge, sans ellipses. Pour enfin se clore sur un plan de la ville au ciel rouge ; c'est au crépuscule d'une vie que l'on assiste.


Un film à l'ambiance particulière, à la photo magnifique, qui propose de vraies scènes d'actions qui tirent en longueur, sans oublier évidemment le volet intime d'un homme en train de s'éteindre. On voit sa femme hésiter entre l'éloignement face à un homme qu'elle ne comprend plus, et son amour envers lui ; on voit cet ami aux motivations mystérieuses, un temps si intéressé puis finalement, si amical. L'humain ressort bien sous la couche parfois maladroite de polar.


Dommage quand même que vers la fin, le film s'égare un peu dans une série d'événements obscurs sans trop d'enjeu, oubliant l'humain l'espace d'un instant.


Un beau film. Wenders cherche comme toujours la liberté partout, et la trouve ici dans le corps d'un mourant désespéré, lors d'un final splendide à l'ambiance dérangeante, à l'image du film.

W_Wenders
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le 24 avr. 2015

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