TW : guerre, violence physique, mutilations, violences sexuelles.


Je viens de voir L’Ange rouge de Yasuzō Masumura, et j’ai beaucoup aimé le film. Je reste cependant conscient qu'il s'agit d'une œuvre extrêmement dure et difficile à recommander "comme ça" sur un coup de tête. On est clairement sur un cinéma cru, violent, presque gore obsédé par le physique et le corps de manière générale. Si on ne connaît pas un minimum Masumura le film peut être violent et difficilement appréciable. De mon côté j'avais déjà vu "La Femme de Seisaku" (mon favori pour le moment) et "Manji", je savais donc dans son rapport aux corps, à la sexualité et à la sensualité "à quoi m'attendre" bien que je ne connaissais pas vraiment le synopsis.

Ce qui m'a frappé, c'est d'abord la réalisation et la mise en scène des ambiances sonores (musique hyper légère mais vraiment marquante). Dans l'hôpital le film est glaçant voir même "sale" ou "suffocant". On y entend les scies, les os qui sont râpés/coupés/taillés, les membres tombent et sont jetés à la poubelle... On ressent la guerre sous une dimension mécanique et déshumanisante, Nishi et Okabe s'occupent des patients à la chaîne sans forcément réfléchir. Le film montre l'horreur de la guerre sans filmer de bataille (sauf à la fin). On est généralement loin du front, mais on comprend que les soldats reviennent "cassés" et que le rôle du corps médical est de les réparer pour les renvoyer sur le front le plus rapidement possible. Un enfer à vivre pour ces soldats. Côté personnel soignant, c’est la même logique d’enfer, ils sont en sous-effectif, manque de sang d'anesthésiants, de médicaments etc... Okabe incarne parfaitement cette médecine de guerre, soit on ampute, soit on opère, soit on laisse mourir sachant qu'on a pas les moyens de sauver le soldat blessé. Ces réflexions/gestes deviennent machinaux.

J'ai trouvé, que de manière implicite, le film critiquait le système en place à ce moment là. Les “estropiés”, ne doivent pas être vus. Le film montre que certains sont envoyés en hôpital psychiatrique même s’ils ne sont pas fous comme si la société préférait les faire disparaître plutôt que d’assumer ce que la guerre produit réellement. C'est d'ailleurs le soldat Orihara qui l'a bien compris et qui préfère se donner la mort que de vivre le reste de sa vie dans un asile.

Le point le plus éprouvant/dure reste évidemment Nishi Sakura. Le film commence/bascule avec son viol, et tout ce qui suit est moralement inconfortable car Masumura place le spectateur devant des zones grises terribles. Le viol montré comme “banalisé” en situation de guerre, selon le soldat Sakamoto “au front, les hommes tuent les hommes et baisent les femmes”. Et comme expliquer dans le synopsis du film, "Elle (Nishi) convertira sa vengeance en pitié et cherchera à soulager les malades par tous les moyens..." et c'est ce qui se passe, Nishi passe d’une haine légitime à un sentiment de "pitié" avec la volonté de "soulager" notamment sexuellement comme avec Orihara. J'ai à ce moment là eu deux lectures des évènements différentes :

- d’un côté, le film montre comment une société et un contexte peuvent légitimer l’inacceptable / que c'est à cause de cette "pité" que Nishi adopte ce comportement de "soulager les malades par tous les moyens...".

- de l’autre, je me suis demandé si on ne pouvait pas y comprendre une conséquence traumatique, une relation au corps complètement brouillée après l’agression. Quelque chose qui ressemble à une hypersexualisation. Je vais surement trop loin sachant que le film date des années 60 mais je n'ai pas pu m'empêcher de le comprendre également ainsi.

J'ai également été marqué par la relation entre Nishi et le Dr. Okabe. Qu’elle découle de cette "pitié", d’un rapport au corps bouleversé par le traumatisme, ou d’un mélange des deux, elle semble malgré tout faire du bien aux deux car ils sont abîmés, "chacun à leur manière" (Bien que je trouve la relation "bizarre" car Nishi projette la figure de son père sur Okabe).

La scène finale alternant bataille et intimité crée un fort contraste rendant la fin d'autant plus tragique.

stnnsls
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le 13 déc. 2025

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Stanislas

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