L’Année sainte est une curiosité difficile à classer tant il fait dialoguer deux genres antagonistes sans recourir à la parodie : d’une part, le thriller sous haute tension empruntant certains codes au film catastrophe tel que le conçoit Hollywood depuis le début des années 70 – on pense notamment à l’œuvre Airport (George Seaton, 1970) et à ses suites, méconnues en France, qui lance le blockbuster aérien moyennant un avion en détresse et un héros soucieux de le sauver – et, d’autre part, la comédie de caractères chère au cinéaste Jean Girault, à qui l’on doit la plupart des aventures burlesques de Louis de Funès, notamment la saga des Gendarmes. Dès lors, cette greffe impossible vaut pour ses tentatives, pour le décalage créé entre les enjeux sérieux, sinon graves, du récit et leur traitement léger par un malfrat déguisé en évêque. Jean Gabin, dont il s’agit ici de la dernière apparition sur grand écran, lui confère sa truculence et son sens de la répartie, fidèle en cela à sa légende mise en œuvre, entre autres, par Michel Audiard auxquels les présents dialogues rendent hommage.
S’il souffre de longueurs inutiles, si notre immersion dans le récit-cadre est perturbée par d’incessants sauts de puce entre différents lieux et milieux, L’Année sainte surprend souvent et émeut parfois : comment résister aux ultimes retrouvailles de Darrieux et Gabin, anciens amants dans le film et partenaires de cinéma mémorables (La Vérité sur Bébé Donge d’Henri Decoin en 1952 ou Le Désordre et la nuit de Gilles Grangier en 1958) ?