L'Ardoise est un polar français de 1970 réalisé par Claude Bernard-Aubert, cinéaste habitué aux films noirs populaires et aux adaptations de romans policiers. Adapté d’un roman de Pierre Lesou, le film mélange drame carcéral, vengeance et casse criminel dans une ambiance très typique du polar français de la fin des années 60.
Techniquement, le film reste assez solide sans être particulièrement flamboyant. La mise en scène de Bernard-Aubert est fonctionnelle : caméra discrète, narration linéaire, découpage classique, avec une photographie de Jean Tournier qui apporte une texture un peu grise et sèche parfaitement adaptée au milieu carcéral et aux décors urbains.
Le réalisateur privilégie davantage l’efficacité du récit que la stylisation, contrairement aux grands polars français de la même époque signés Melville ou Verneuil. Le principal point faible reste effectivement le scénario. La structure manque de tension dramatique et le film peine à trouver un vrai rythme après une excellente idée de départ : ce jeune étudiant bourgeois qui s’acoquine avec deux truands pour laver l’honneur de son père. Plusieurs séquences donnent l’impression d’être juxtaposées plutôt que réellement construites vers une montée dramatique. Cela explique ce sentiment de “film qui ne décolle jamais vraiment”.
Pourtant, le film ne tombe jamais dans l’ennui grâce à quelques dialogues bien écrits par Pascal Jardin et à une galerie de seconds rôles savoureux. Du côté des acteurs, Salvatore Adamo — souvent appelé simplement “Adamo” — montre rapidement ses limites comme acteur dramatique. Sa présence reste sympathique et sincère, mais son jeu manque de naturel et de densité émotionnelle. À l’époque, sa participation au film reposait surtout sur sa popularité de chanteur. D’ailleurs, il ne poursuivra jamais une véritable carrière importante au cinéma, malgré plusieurs tentatives dans les années 60-70. Il compose néanmoins la musique du film, ce qui constitue une curiosité intéressante.
Face à lui, Michel Constantin fait exactement ce qu’on attend de lui : présence virile, diction sèche, charisme naturel. Il incarne une nouvelle variation de ces truands désabusés qu’il a joués des dizaines de fois dans le cinéma français et italien. Même sans surprise, il apporte immédiatement de la crédibilité au film.
Jess Hahn, lui, apporte une touche plus pittoresque et presque tendre au duo criminel. Son jeu plus excessif, parfois proche de la caricature, donne paradoxalement un peu de vie à l’ensemble. Il possède cette gueule atypique et cette bonhomie inquiétante qui faisaient souvent merveille dans les seconds rôles des polars français des années 60-70.
On peut aussi noter la présence amusante de Fernand Sardou, père de Michel Sardou. Son rôle est court mais très correct, fidèle à ce qu’il faisait souvent : une composition populaire, chaleureuse et immédiatement sympathique.
Le film aligne également plusieurs visages familiers du cinéma français populaire comme Jean Desailly, Boby Lapointe ou encore Jacques Legras, dont la scène humoristique reste effectivement l’un des meilleurs moments du film.
Le film est sorti en janvier 1970, en pleine grande période du polar français populaire. Le titre “L’Ardoise” renvoie à l’idée de dette morale et de vengeance : “faire payer l’ardoise”.
Bernard-Aubert venait alors d’une série de films bien plus réputés comme Le facteur s'en va-t-en guerre, ce qui explique une certaine déception critique autour de ce film jugé mineur dans sa filmographie. Plusieurs critiques de l’époque ont déjà pointé exactement les mêmes qualités et défauts : bon casting, ambiance correcte, mais intrigue confuse et rythme inégal.
Au final, L'Ardoise reste un honnête petit polar de série B française : imparfait, parfois maladroit, mais attachant grâce à son casting et à son parfum typiquement seventies. Ce n’est clairement pas un grand classique du genre, mais c’est un témoignage intéressant du cinéma policier populaire français de cette époque.