On ne va pas se mentir : Antonioni et moi n'avons jamais vraiment été en bons termes. Ma découverte de son cinéma avec Le Désert rouge s'était soldée par un profond ennui. Même constat devant Profession : reporter, puis Blow-Up. Rien à faire, son cinéma me laisse souvent à distance.
Pourtant, je connais son importance dans l'histoire du cinéma. Les critiques, les cinéastes et les nombreux textes qui lui sont consacrés rappellent sans cesse combien Antonioni a révolutionné les formes, la mise en scène et la manière de filmer l'espace. Alors, régulièrement, je tente une nouvelle rencontre avec son œuvre.
Cette fois, c'était L'Éclipse. Et je dois reconnaître que l'expérience fut plus convaincante. Antonioni possède un regard unique. Personne ne filme les rues désertes, les architectures modernes et les espaces vides avec une telle puissance plastique. Sa mise en scène est d'une virtuosité fascinante.
La célèbre séquence de la Bourse est à elle seule une démonstration de cinéma. À vrai dire, je ne suis pas certain d'en saisir toutes les ramifications économiques ou narratives. Mais cela importe finalement assez peu : ce qui frappe, c'est le mouvement, le tumulte, cette impression de chaos parfaitement orchestré par la mise en scène. Dans ces moments-là, Antonioni rappelle qu'il est un immense cinéaste.
Si j'ai pris autant de plaisir devant L'Éclipse, c'est aussi grâce à ses interprètes. Monica Vitti irradie littéralement l'écran. Son visage, ses silences, sa présence suffisent à capter le regard. Face à elle, Alain Delon apporte un contrepoint idéal : son charisme, son énergie presque insolente insufflent au film une dynamique qui accélère soudain le rythme.
En découvrant L'Éclipse, j'ai mieux compris l'empreinte laissée par Antonioni sur le cinéma moderne. Son influence se retrouve aussi bien dans le Nouvel Hollywood que chez Dario Argento, pourtant aux antipodes de son univers.
Est-ce que j'aime désormais Antonioni ? Pas encore. Mais je l'apprécie davantage, et c'est déjà beaucoup. Cette projection m'a donné envie de poursuivre l'exploration de son œuvre, avec l'espoir qu'un jour nos chemins finissent enfin par se rejoindre.