8
le 6 avr. 2024
Suivreet qu'advienne l'AMOUR
Si je me souviens bien L'Empire était le titre de travail d'Hors Satan, un des meilleurs Dumont et l'un de ses derniers avant qu'il ne se mette à la comédie. C'est là qu'on se rend compte qu'à la...
Ce n’est pas toujours évident, mais il faut bien se rappeler un angle fondamental face au cinéma de Bruno Dumont : il n’est pas parodique. On présentera sans doute L’Empire comme une caricature de Star Wars sur la côte d’Opale, et son penchant pour la comédie, directement héritée de ses séries (P’tit Quinquin, Coincoin et les Z’inhumains) va évidement infuser un burlesque et un sens du décalage qui pourra inviter à une telle lecture. Mais le cinéaste y explore en réalité toujours les mêmes thématiques, au premier rang desquelles trône la question du mal, à laquelle se confrontait la journaliste France dans son précédent opus, et qui habitait déjà son premier film, La Vie de Jésus, dont le protagoniste pourrait être, de l’aveu même du réalisateur, l’enfant blond au cœur des convoitises dans l’Empire, prêt à basculer vers le côté obscur que contemplait de façon naturaliste son étude primaire et brutale.
Dumont investit donc un lieu, mêle les comédiens rodés aux amateurs locaux, et invite son duo iconique de gendarmes pour poursuivre la geste tragi-comique qu’il a entreprise en 2016 avec le basculement Ma Loute.
Son cinéma joue plus que jamais de la conflagration, des jeux de rupture et d’un comique fonctionnant par contrastes violents, que ce soit dans les tonalités, les accrocs dans la récitation de dialogues pas toujours maîtrisés, du jeu fluctuant des comédiens ou même de certaines expérimentations de mise en scène. Le travail sur le son et le mixage (le chant d’oiseaux invisibles à l’écran mis outrancièrement en avant), la variation des échelles de cadre, de plans de drone à une proximité incongrue avec la caméra pour les interventions de Carpentier ajoute à cette étrangeté visant à ne jamais installer le spectateur dans une lecture monolithique.
Dans ce conte philosophique assez rudimentaire où les forces du bien et du mal au sein de l’être humain trouvent une symbolique parfaitement lisible, Dumont s’amuse d’abord à visiter les terres d’une science-fiction qu’il n’avait jamais encore totalement investie. Et là encore, il s’agit d’embrasser entièrement la cause, avec un sens de la grandiloquence proprement jubilatoire, que ce soit dans l’inventivité de ses vaisseaux, qui reprennent l’imagerie sacrée de Jeanne et sa cathédrale d’Amiens pour en proposer une version hyperbolique, des incarnations extra-terrestres qui lorgnent du côté des loges de Twin Peaks, et un bal grotesque aussi délirant que perturbant, réjouissant un Luchini en Belzébuth qui, pour une fois, n’est pas en mesure de ne tirer la couverture qu’à lui tant son personnage se fond littéralement dans le décor.
Mais le cinéaste ne perd pas pour autant son cap : celui d’explorer, en contre-champ, la fascinante complexité humaine, et avant tout son incarnation par le corps. La grâce d’une très belle séquence d’entraînement au sabre laser, l’exploration du désir face à un intense sosie de Sean Penn comme possibilité de possession démoniaque (le personnage de Lyna Khoudri) ou d’un abandon à l’amour (celui, fascinant, d’Anamaria Vartolomei) infuse progressivement un lyrisme dans lequel Dumont va autant oser que pour les autres tonalités. Une forme de réponse à la fameuse phrase des forces du mal « Mais les humains Johnny sont nuls », sachant que les entités sont contraintes à les habiter pour pouvoir exister (« Mais sans eux c’est le néant. Tu préfères le néant ? », dira Line, représentante du bien à Eddy, son acolyte un peu maladroit qui se contente de les trouver « pas top »).
La valse et l’attraction des corps va ainsi contrebalancer l’apesanteur dans laquelle iront danser les aéronefs, le récit jouant d’une alternance constante entre la CGI de la SF et la spécificité tellurique des humains, dans la fusion charnelle d’un couple antinomique au milieu d’un champ, parmi les bêtes. Face au trou noir, l’amour, aspiration irrésistible du désir, et seule force incontrôlable capable de répondre aux ténèbres. Car le fabuliste Dumont ne pourra jamais se débarrasser de ses croyances et de l’attachement qu’il a pour ses personnages, c’est-à-dire pour la race humaine, à l’image de cette remarque de La Reine qui, au contact de la population et ses petits tracas locaux, les jugera « si attachants et cocasses ». Sans ironie aucune.
Cet utilisateur l'a également ajouté à ses listes Science Fiction, Rumeurs Cannes 2023, Vu en 2024, Vu en salle 2024 et Les meilleurs films français de 2024
Créée
le 23 févr. 2024
Critique lue 8.6K fois
8
le 6 avr. 2024
SuivreSi je me souviens bien L'Empire était le titre de travail d'Hors Satan, un des meilleurs Dumont et l'un de ses derniers avant qu'il ne se mette à la comédie. C'est là qu'on se rend compte qu'à la...
4
le 22 févr. 2024
Suivrele 22 févr. 2024
Ma grand-mère disait toujours : "Gamin, il y a une fine frontière entre l'art et le nanar". Illustration empirique ici.J'ai aimé (dans l'ordre) :- les (trop) rares apparitions de Carpentier et Van...
7
le 21 févr. 2024
Suivrele 21 févr. 2024
Avec l'Empire, Bruno Dumont nous offre sa vision caustique, cruelle et déjantée de "La Guerre des étoiles".L'empire est un film de science fiction parodique de Bruno Dumont sorti en 2024.Un univers...
1
le 26 déc. 2014
SuivreSiège d’UGC. Vaste table en acajou, bol de saucisson et pinard dans des verres en plastique. - Bon, vous savez tous pourquoi on est là. Il s’agit d’écrire le prochain N°1 du box-office. Nathan, ta...
9
le 14 août 2019
SuivreIl y a là un savoureux paradoxe : le film le plus attendu de l’année, pierre angulaire de la production 2019 et climax du dernier Festival de Cannes, est un chant nostalgique d’une singulière...
8
le 30 mars 2014
SuivreLa lumière qui baigne la majorité des plans de Her est rassurante. Les intérieurs sont clairs, les dégagements spacieux. Les écrans vastes et discrets, intégrés dans un mobilier pastel. Plus de...
SensCritique dans votre poche.
Téléchargez l’app SensCritique.
Explorez. Vibrez. Partagez.



À proposNotre application mobile Notre extensionAideNous contacterEmploiL'éditoCGUAmazonSOTA
© 2026 SensCritique
Thème