Mélodrame flamboyant somptueux du grand Raoul Walsh, antiraciste malgré deux fausses notes

C'est sans doute le plus loin que pouvait aller un gentleman du sud comme l'écrivain Robert Penn Warren pour décrire avec subtilité, élégance et romantisme les sentiments mélangés qui peuvent habiter des personnages hauts en couleurs traversés par l'amour, la compassion, l'envie, le ressentiment, le racisme et même la haine de soi. 

Ici ce sont les amours tardifs d'un ancien négrier, repenti et intrépide, joué par Clark Gable, avec une métisse, fille d'un planteur blanc et devenue esclave sur le tard, jouée par Yvonne de Carlo. Ils sont pris dans la tourmente provoquée par la victoire des yankees occupant les champs de coton ravagés par la guerre civile et par le sabotage économique des perdants sudistes.

Avec Raoul Walsh à la mise en scène, Gable, de Carlo et Sydney Poitier comme stars, on est est captivé par un mélodrame qui flamboie pendant la guerre de sécession (avec quelques incursions, minimes, dans le western militaire).

La fausse note cinématographique n'est pas en ceci que les va et viens d'amour et de haine dans les rapports entre blancs, noirs et métis finissent de manière trop positive.

Elle n'est pas dans le pathos des relations, désirées ou contraintes tout en étant interdites, ni dans les filiations biologiques ou adoptives assumées ou méconnues. Telles quelles, elles ne sont pas irréalistes et tout ceci génère des péripéties qui certes sont à la tangente de la larme à l'oeil mais c'est du mélodrame, un genre que le film assume avec brio. 

La vraie fausse note n'est pas non plus dans les limites d'une vision qui reste élitiste, car malgré cela, elle est nettement anti esclavagiste et critique de plusieurs pouvoirs (paternels, commerciaux ou politiques) lesquels sont ici renversés ou subvertis. Si d'ailleurs elle reste élitiste, c'est que la critique du conservatisme n'est ici réfractée que par des personnages de la haute société, tous cultivés, fussent-ils de toutes couleurs, et qui sont des marginaux dans leurs castes respectives. Mais même ainsi, ce regard sur le Sud est avancé pour l'époque  et celui de Robert Penn Warren est presque aussi féroce pour les blancs que celui de William Faulkner.

Ce qui est en revanche très gênant, c'est qu'un réalisateur aussi expérimenté, aussi bon vivant, aussi sarcastique, un conteur si émérite comme l'est Raoul Walsh, sacrifie quelques séquences à des niaiseries hollywoodiennes.

Elle plongent brusquement le film dans le ridicule, au moins à deux reprises.

Les choeurs de noirs dans la maisonnée et plus tard dans les champs du patron, c'est grotesque, même pour l'époque où fut tourné ce film, en 1959. C'est une concession malheureuse à ceux qui, dans le public, ne pouvaient voir alors dans cette histoire rien de plus que la grande beauté des stars, des costumes et des décors.

S'il est impossible de mettre cela entièrement sur le dos de Walsh, car les contraintes de la production peuvent être très puissantes, il a quand même dû se montrer trop conciliant : s'il avait refusé, quel est le producteur de la Warner qui aurait pu l'imposer à un tel géant du cinema ?

(Notule de 2021 publiée en mai 2025)

Michael-Faure
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le 4 mai 2025

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