L'établi est une bonne adaption du livre éponyme écrit par Robert Linhart en 1978, publié aux Editions de minuit, et qui relate ce que furent les établis de la fin des années 60. En effet Linhart, marxiste-léniniste, est un professeur de philosophie à l'université qui après mai 68 décide, comme bon nombre de militants maoïstes de l'époque, issus majoritairement de familles bourgeoises, de se faire embaucher comme ouvrier (ici chez Citroën porte de Choisy) en septembre 68. Ce sont ces militants qu'on a appelé les Etablis.
Leur but ? Voir et comprendre de l'intérieur la classe ouvrière et sa condition, vivre au sein du prolétariat et mener des luttes capables d'aboutir à la Révolution, mai 68 n'étant qu'une étape.
Le film montre bien cette atmosphère
de l'immédiat post mai 68, le patronat qui n'a pas accepté l'humiliation subie, le travail à la chaîne, la difficulté de déclencher une grève, les luttes ouvrières en usine, la solidarité mais aussi les tensions avec ceux qui ne veulent pas ou ne peuvent pas faire grève (les immigrés qui ont peur d'être expulsés , la mère qui élève seule sa fille...), la répression patronale féroce, le racisme (une mosaïque de nationalités et de culture est présente chez les ouvriers sous qualifiés
Afrique noire, Maghreb, Italie, Yougoslavie...) et la façon dont ces travailleurs immigrés sont pris en otages (ceux qui feront grève seront implacablement expulsés de leur foyers, leurs affaires saccagées), la mentalité sadique de chien de garde de certains contremaîtres.
Mais aussi, quoique de façon rapide, les questionnements et les désillusions pour ceux, intellectuels, qui pensaient la Révolution proche.
Juste dommage que les motivations politiques des établis soient à peine aborder.
Mais en cela le réalisateur Mathias
Gokalp reste fidèle au livre c'est à dire à une description clinique des faits, notamment la déshumanisation de ce type de travail et de ceux qui produisent, plus qu'à une véritable analyse politique.
A noter un Swann Arlaud très credible dans le personnage de Linhart et de très bons seconds rôles qui donnent au film beaucoup d'humanité.
Chronique rédigée et publiée le 29 avril 2023