Certains attendent le grand soir, d’autres essaient de le provoquer. En septembre 1968, les grandes journées de mai ont déjà l’air loin mais certains militants de la gauche révolutionnaire sont encore convaincus que la chute du capitalisme est à portée de main. Pour atteindre cet objectif, l’intelligentsia communiste décide d’infiltrer les lieux de travail de la classe ouvrière afin de créer in situ la révolte contre l’État à la solde du patronat. Professeur de philosophie et militant maoïste, Robert Linhart est envoyé à l’usine Citroën de Choisy pour se fondre dans la masse des travailleurs et orchestrer secrètement une grève qui doit être l’étincelle d’un incendie révolutionnaire. Avec minutie, le difficile labeur des ouvriers de l’usine automobile est exposé, l’abnégation déshumanisée des employés offrant un contraste tranchant avec les doigts couverts de bandages de celui qui n’a jamais eu de travail manuel. Mais malgré cette attention au détail, à la violence robotique du travail à la chaîne et la cupidité des patrons, le film ne se départit pas du récit prévisible et manichéen des grévistes et se cantonne à une description achrome du mouvement social. Encombré d’une voix off sporadique et inadéquate, tentative inconséquente de questionner ce qui aurait dû être son sujet - les rapports d’identité de classe et la stratégie des dirigeants communistes -, celui-ci réussit à convaincre autant que Fabien Roussel préserve dignement l’héritage du Parti Communiste Français aujourd’hui. Comme le grand soir, on attend toujours les jours heureux.