Après son, malheureusement, moyen ''Quand vient l'automne'', François Ozon décide d'adapter une histoire au lieu d'en créer une.
Intéressant, vu que c'est comme cela que j'ai d'abord connu et adoré, ''8 femmes'' étant très bien loti dans mes films préférés.
En plus, ''L'Étranger'' d'Albert Camus est un roman que j'adore. Donc je partais à la fois craintive et curieuse.
Et finalement, j'ai beaucoup aimé cette adaptation.
Je préfère largement le roman d'origine, mais ce n'est clairement pas quelque chose que j'irais reprocher à Ozon.
En effet, ce que j'aime par-dessus tout dans l'œuvre de Camus c'est son écriture et les pensées du protagoniste.
Or, le film ne contient que peu de voix off. Mais c'est une bonne chose selon moi, car cela aurait été trop facile de juste en mettre à foison afin d'être au mieux fidèle.
J'aurais même préféré que le réalisateur n'inclut pas de voix off tout court, histoire d'aller jusqu'au bout dans sa radicalité.
''L'Étranger'' m'a plu en tant que long-métrage dont le cinéaste à utiliser son médium pour rendre hommage à l'œuvre qu'il adapte.
Tout d'abord, avec un sublime noir et blanc et des décors nous mettant bien dans le contexte de l'époque à un niveau cinématographique qu'historique ; on voit bien les prémices de la guerre d'Algérie se dessine.
Mais également avec la photographie de François Ozon. Le roman m'avait tétanisé par son écriture, ici ce sont les images filmées par le réalisateur qui ont cet effet sur moi. Elles sont tout simplement sublimes, presque aussi aveuglantes que le soleil qui éblouit Meursault.
Et même si la bande originale de Fatima Al Qadiri est très bonne, ce sont surtout les acteurs qui ajoutent le plus leurs pierres à l'édifice.
Benjamin Voisin crève tout simplement l'écran. Il arrive à me faire penser qu'il est presque impossible de mieux interpréter Meursault, tellement il l'incarne à la perfection.
J'aime aussi toujours autant le jeu de Pierre Lottin chez Ozon, qui était un des points forts aidant la note de ''Quand vient l'automne''. Un très bon Raymond.
Et pour revenir sur les choix d'adaptation, la performance de Rebecca Marder en Marie et le scénario de Ozon permettent à ce personnage de davantage briller que dans l'ouvrage.
Les personnages féminins sont globalement plus présents et intéressants dans cette adaptation, avec quelques ajouts donnant de la présence à la sœur de l'arabe tué par le protagoniste.
Et ce n'est pas gratuit, car ces scènes accentuent le propos sur le racisme que subissent les algériens colonisés.
Puisque que peu importe le format, il reste toujours aussi absurde de davantage juger l'impassibilité d'un homme, que le fait qu'il ait tué quelqu'un.
Mais que vaut la vie d'un arabe face à celle d'un blanc, auquel on va du coup vouer une curiosité malsaine.