♪ Ennemi de soi-même, comment aimer les autres ?
Etranger à soi-même, étranger pour les autres ♫
(Début de la chanson Retour à toi d’Etienne DAHO)
Bien que réputé inadaptable, François OZON réussit à mettre en image le chef-d'œuvre de CAMUS, en respectant son esprit philosophique et absurde. L’intrigue est centrée sur le personnage de MEURSAULT (incarné par Benjamin VOISIN), un jeune homme énigmatique et froid mais d’une franchise radicale lorsqu’il s’exprime – il ne sait pas mentir.
En outre, décors et costumes nous plongent bien dans l’époque (les années 1930 en Algérie – le roman ayant été publié en 1942) mais le cinéaste modernise l’histoire en soulignant le contexte colonialiste.
Enfin son parti pris esthétique (le noir et blanc, la lumière, les silences – il n’y a quasiment pas de voix off) est très cohérent : il renforce le poids symbolique du soleil, et donne une dimension presque abstraite à certains plans.
Le casting est bien choisi et personnellement j’ai découvert Rebecca MARDER dans le rôle de Marie, la petite amie de MEURSAULT.
Seul bémol, certains dialogues – un peu trop littéraires – manquent de naturel dans la bouche du protagoniste.
En conclusion, L’Étranger d’OZON est une bonne adaptation qui n’atteint cependant pas la puissance de l’œuvre originale (mais est-ce possible de restituer toute la force de ce livre culte ?).
À noter que la chanson qui accompagne le générique de fin – Killing an Arab composée et interprétée par The CURE en 1978 – est complètement inspirée du roman de CAMUS.