Il faut être un tantinet kamikaze pour oser une nouvelle adaptation de L'étranger, tellement le livre fait partie du patrimoine commun. Pour preuve, quand on pense à Luchino Visconti, ce n'est pas son adaptation des années 60 qui vient à l'esprit... Pour cette version 2025, on y va donc à reculons en se disant que, de toute façon, c'est inadaptable. Et limite foutu d'avance. On parle quand même d'un des bouquins les plus célèbres et commentés du XXe siècle (si ce n'est pas le plus célèbre), dont le style est aussi sec et dépouillé que le contenu est dense.
Le résultat est cependant plus que satisfaisant. D'abord parce que le noir et blanc ancre le film dans l'époque du livre, et parce que la photo est superbe. Ensuite, et surtout, parce que François Ozon réussit à mettre en image l'esprit du bouquin, sans sacrifier à son côté hermétique, mais sans pour autant le suivre à la ligne. Ainsi, il y a quelques libertés ou quelques extrapolations dont chacun jugera ou non de la pertinence. Mais pour l'essentiel, c'est respectueux du texte, et surtout de l'idée de Camus.
Ceci dit, pour appréhender le film, il vaut quand même mieux avoir lu le livre. Et même l'avoir apprécié sincèrement, au-delà des souvenirs qu'on en garde de nos cours de français du lycée. Sans ça, peu probable que l'adaptation fasse mouche... Mais si on est sensible au livre et au propos d'Albert Camus, le film est une excellente adaptation.