L'Étranger
6.3
L'Étranger

Film de François Ozon (2025)

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"Alors, Meursault, pourquoi avoir tué cet arabe?", interroge le président du tribunal. L'accusé se lève, droit, immobile, visage inexpressif et après un long silence, lâche "c'est à cause du soleil". Le public s'esclaffe bruyamment et la cour est consternée. Qui est donc ce curieux lascar ?

Ozon a osé adapter L'étranger, d'Albert Camus et ce n'était pas chose aisée tant ce roman de 1942 continue d'être déroutant et même dérangeant.

Nous sommes à Alger en 1938 et Meursault, modeste employé du bureau, prend 2 jours de congé pour assister à l'enterrement de sa mère. Sous un soleil accablant, il prend le bus pour rejoindre l'asile où elle était pensionnaire. Il refuse de voir son visage dans le cercueil, la veille toute une nuit avec des inconnus, prend un café au lait et repart sans verser une seule larme. Il parle peu, paraît insensible au monde, aux autres. "L'amour ne signifie rien" réplique-t-il à sa fiancée, Marie ( Rebecca Garder, toute en sensualité amoureuse ) tout en acceptant sa demande de mariage. Il n'attend rien de la vie, il la trouve vide de sens mais ça ne l'empêche pas de la vivre intensément, à chaque instant mais sans mentir, en refusant les conventions sociales. C'est d'ailleurs l'une des réussites du film. Voir incarné à l'écran celui que nous avons tous imaginé en lisant le livre.

Au retour à Alger, il se retrouve embarqué dans une embrouille avec son voisin Raymond (Pierre Lottin, toujours excellent dans les rôles de petites frappes) un odieux maquereau. Ce qui le conduit à tirer et tuer un "arabe", comme il dit, sur une plage qui le menaçait avec un couteau, luisant au soleil, dans un contexte teinté d'homosexualité latente, suggéré par la mise en scène.

La force du film tient beaucoup à la performance de Benjamin Voisin, tout en présence contenue, souvent mutique mais très charnel, presque animal et pour autant insondable.

Avant l'exécution, la scène violente avec l'aumônier de la prison est l'un des rares moments où il s'arrache de sa passivité pour refuser la main tendue de la rédemption.

Meursault continuera de rester une énigme, longtemps...

Et Camus, philosophe de l'absurde, prôner contre "la tendre indifférence du monde" une liberté nouvelle dans la vérité. Et au soleil, de préférence.


Alors vive le cinéma et cette Méditerranée toujours sublime.

Vive-le-cinemaaa
8

Créée

le 1 nov. 2025

Critique lue 21 fois

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3
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