Le récit et les dialogues sont peut-être plus grands que le film. J'ai trouvé que le réalisateur fait preuve d'humilité face à l'ouvrage qu'il adapte. Il veut sublimer le livre en se mettant au service de l'œuvre. J'ai aimé ce film qui propose une vaste matière à réflexion sur la condition et une mise en scène qui perturbe. C'est un film très singulier que j'ai adoré pour ses thématiques et les questions qu'ils soulèvent.
Les dialogues ne sont pas seulement d'une beauté absolue, ils sont d'une justesse et d'une profondeur magnifiques. Cependant, on sent que le livre doit être tellement bien écrit que le réalisateur ne sait comment se détacher de l'ouvrage de Camus et se contente d'une lecture pour magnifier son film, surtout vers la fin. On sent à maintes reprises qu'il s'agit d'une adaptation d'un livre. Rien que le synopsis est somptueux. On suit le procès d'un meurtrier non pas parce qu'il a tué quelqu'un mais parce qu'il semble apathique face à son geste.
On sent aussi beaucoup de respect pour l'œuvre de Camus. Je n'ai jamais lu L'Étranger mais j'ai l'impression que ce film ne se contente pour retranscrire l'ambiance de l'ouvrage, il met aussi la lumière là où le livre ne la met pas forcément notamment par la scène d'ouverture qui s'oppose à l'incipit culte. François Ozon aborde la colonisation, et la mémoire de la Guerre d'Algérie tout en mettant en scène de façon assez fidèle les questionnements de Camus qui compose son cycle de l'absurde et plus largement l'existentialisme (bien que je ne suis pas fan de ce genre de terme générique pour tenter de délimiter une œuvre ou un courant de pensée aussi vaste et complexe). J'ignore donc le schéma narratif adopté dans l'ouvrage mais je trouve que François Ozon fait globalement preuve de justesse et dirige son récit avec précision bien que dans la seconde partie du film, il se cantonne trop à une retranscription des dialogues et le côté adaptation et choix de mise en scène s'estompe. Je pense par exemple à un regard vers un ventilateur qui devient flou, j'ai adoré la seconde partie pour son récit mais moins pour sa mise en scène.
Je pense que c'est un livre qui a l'air très très complexe à adapter au cinéma et ils s'en sont pas mal sortis. Tuche Daddy est parfait dans un rôle qui lui va à merveille. J'ai trouvé le reste du casting peut-être un peu trop propre, mais le côté pub de parfum renforce l'artificialité de la vie qui va avec les choix de photographie.
Globalement le film est assez fidèle aux questionnements de Camus, et je pense que c'est un chouette point d'entrée pour découvrir l'oeuvre de ce dernier ou simplement pour réfléchir à la condition humaine. Le film place le spectateur face au non-sens de l'existence (pourquoi on existe ? je ne sais pas) et le pousse à se demander si une vie dépourvue de sens ou de signification vaut la peine d'être vécue. Enfin, il est aussi question de sentiment et du regard des autres, le récit nous interroge existe-t-il une conformité sociale des sentiments ? Alors, je n'ai pas tout compris mais c'est un film intéressant que l'on a envie de regarder en fumant une pipe au coin du feu.
Cela m'a donné envie de lire le livre.