L'Héritière
7.7
L'Héritière

Film de William Wyler (1949)

Sous le regard glacé d’un père, s’étiole la beauté d’une fille.

Sous le regard glacé d’un père, s’étiole la beauté d’une fille. Cruel inventaire de l'héritage dans les fêlures d’un noir roman familial.

Magnifique, émouvant, terrible aussi. Un chef d’œuvre de cinéma. Les cadrages, la lumière, la mise en scène avec ces plans-séquences, ces gros plans et jeux d’ombres permises par ce noir et blanc si esthétiques. Un film noir dont la trame psychologique est fouillée. Roman familial d'une noirceur qui fait de ce film un drame œdipien très particulier. Dans cette triangulation, on voit comment le regard d’un père méprisant, peut détruire la féminité de sa fille. Dans cette rencontre père/ fille ratée, plane sans cesse le spectre d’une mère idéalisée, inaccessible image d’identification. le père assigne à sa fille une place impossible ; aux exigences morales et contingences sociales de l’époque, se rajoute l’emprise de l’image de la mère, son opposé, à laquelle il la compare sans cesse C’est ce fantôme entre eux qui empêche ce père d’aimer sa fille, de la trouver belle, désirable pour un autre homme. Elle ne peut quitter le monde clos où elle est enfermée, trouver un monde/ un homme à sa mesure car pour grandir, il faut affronter les amours œdipiennes et s’en détacher. Quand le regard du père nécessaire à toute fille, se fait trop plein, trop direct, trop explicite ou ici trop humiliant, méprisant, il rend les choses impossibles.Ce ne pourra être que dans la déchirure , la rupture violente, que cette fille, tiraillée entre 2 hommes va enfin s’affirmer en tant que femme; devenir plus forte, plus dure et indépendante , mais à quel prix, puisqu’elle perd tout. Montgomery Clift, joue un personnage complexe dont on ne sait pas vraiment s’il a réellement aimé Catherine ou s'il est un coureur de dot qui a joué le rôle d’un amoureux . La dernière scène est absolument magnifique, d’une émotion incroyable ; tout se joue dans les gestes et dans le regard de Catherine quand derrière la porte son fiancé la supplie. Elle semble lutter contre elle-même, lutter contre son amour. Puis elle se lève, prend la lampe et monte l’escalier assumant enfin une la décision laissant son fiancé pleurer dans sa solitude. Le film se clôt sur deux solitudes.


Créée

le 29 sept. 2024

Critique lue 15 fois

cathVK44

Écrit par

Critique lue 15 fois

1

D'autres avis sur L'Héritière

L'Héritière

L'Héritière

10

EvyNadler

le 17 févr. 2015

Suivre

L'ombre d'un doute

Catherine Sloper est la future héritière d'une immense fortune acquise par son père. Disgracieuse, timide et victime d'une crédulité qui dépasse l'entendement, elle tombe sous le charme d'un jeune...

L'Héritière

L'Héritière

8

abscondita

le 4 févr. 2023

Suivre

"Tu n’as rien d’autre !"

Il ne m’aime pas pour l’argent.Non ? Pour quoi, alors ? Ta grâce ? Ton charme ? Ta répartie et ta subtilité d’esprit ?Il m’admire.J’ai essayé pendant des mois de ne pas être cruel, mais il est temps...

L'Héritière

L'Héritière

9

Apprederis

le 4 déc. 2013

Suivre

Un conte coloré et cruel

Librement adapté du roman "Washington Square" de Henry James, William Wyler nous propose avec "L'Héritière" un film totalement inclassable et déstabilisant. On commence par une comédie légère et...

Du même critique

Sinners

Sinners

7

cathVK44

le 17 avr. 2025

Suivre
Dernière modification

le 17 avr. 2025

Ne les laissez pas entrer.

Nuit infernale où le blues et sa magie conjurent les esprits du passé et du futur, attire aussi les forces du mal. Le vampirisme comme parabole politique sur fond de ségrégation raciale. Un film...

Tatami

Tatami

8

cathVK44

le 10 sept. 2024

Suivre

Sur le tatami, cheveux dénoués, le cri de la liberté: Uchi mata !

Deux femmes iraniennes prises dans une menaçante tourmente géopolitique. Sur le tapis, cheveux dénoués, le cri de la liberté. Uchi-mata.Un film en noir et blanc aux allures de thriller. Haletant,...

La Chambre de Mariana

La Chambre de Mariana

8

cathVK44

le 26 avr. 2025

Suivre

Dans les interstices de la maison close, les souvenirs transforment et reconstruisent le réel.

À hauteur d’enfant, on ferme les yeux et on rêve. Dans les interstices de la maison close, les souvenirs reconstruisent le réel. Avec délicatesse, Finkiel joue avec l'espace ( presque un huis clos)...