C'est le début du mois d'août et les aoûtiens viennent remplacer les juilletistes à l'Hôtel de la Plage à Locquirec,en Bretagne.L'ambiance est familiale,les gens étant pour la plupart des habitués se retrouvant là d'une année sur l'autre.On va à la plage,on fait du bateau,on danse dans le parc de l'établissement,on déguste des fruits de mer,mais surtout on se livre à l'activité la plus répandue sur Terre,la chasse à l'autre sexe,et c'est valable pour toutes les générations,adultes,adolescents et même les enfants.Porté par le succès en 76 de "A nous les petites anglaises",le réalisateur-scénariste Michel Lang enchaînait les films en ces seventies finissantes.Après "Une fille cousue de fil blanc",adaptation "sérieuse" d'un roman de Claire Gallois qui n'avait pas très bien marché,le voilà donc qui renoue dans la foulée avec la comédie via ce film de vacances estivales et balnéaires dans la lignée de ce qu'avait autrefois initié Jacques Tati avec "Les vacances de monsieur Hulot".Bien sûr c'est très différent du style inimitable de Tati,mais c'est assez proche dans l'esprit.Ces retrouvailles annuelles sympathiques de personnes vivant le reste de l'année aux quatre coins de la France,voire à l'étranger,ont donné quelques très bons films,on pense aussi à "Camping".Mais ce que Lang décrit là est très marqué socialement,car on est ici chez les Français moyens,alors que les films d'Onteniente traitaient plutôt de milieux prolétaires.C'est un régal que de se replonger dans cette France disparue,cette atmosphère décontractée de grivoiserie assumée,ce monde où il était normal de se sentir heureux et en sécurité.C'est produit par la Gaumont d'Alain Poiré et l'avionneur Marcel Dassault,qui ne dédaignait pas de s'occuper à l'occasion de cinéma,et d'excellents techniciens ont été mobilisés,à l'image de la monteuse Hélène Plemiannikov,soeur de Roger Vadim,ou de l'ingénieur du son Alex Pront.Et puis il y a la botte magique du film,sa bande-son de grande classe signée Mort Shuman,additionnée de divers tubes d'époque interprétés notamment par Sheila,période BDevotion,ou par Souchon,avec en point d'orgue le merveilleux "Un été de porcelaine" de Shuman,titre phare de la chanson française qu'on entend deux fois dans le film,par l'actrice Sophie Barjac d'abord,très belle interprétation,puis par Mortimer en personne.C'est drôle sans sombrer dans la grosse gaudriole,c'est parfois très émouvant,et c'est souvent cruel car le script n'élude pas les défauts inhérents à la nature humaine.Mais le mal est fait avec une certaine innocence,les personnages cherchant à s'amuser sans bien réaliser ce qu'il en coûte aux autres.Ainsi des enfants persécutent un plus petit qu'eux,une grand-mère est oubliée partout,des ados sont chahutés par de jeunes adultes,un vieux garçon collé à sa mère est moqué,et les histoires d'amour et de sexe connaissent des aléas imprévisibles.Côté parents,on a deux obsédés sexuels prêts à sauter sur tout ce qui bouge,mais leurs tromperies vont mal tourner et leurs épouses leur rendre la monnaie de leur pièce.En plus ils s'aventurent à faire une farce débile à leur pote belge en le branchant à son insu avec l'épouse d'un VRP jaloux,provoquant sans le vouloir un adultère abouti.Chez les ados,la belle Estelle largue d'entrée Cyril,son flirt de l'année précédente,lui annonçant qu'elle attend l'arrivée d'un garçon qu'elle a rencontré entretemps.Mais lorsque ce dernier se pointe,elle est déçue et s'aperçoit qu'elle ne l'aime plus,se consolant illico dans les bras d'Antoine,un autre garçon de la bande,sous le regard désolé de Cyril,qui se rabat sur Catherine,la fille facile du groupe,qui contre toute attente s'éprend vraiment du gars,ce qui n'est pas réciproque car lui,toujours amoureux d'Estelle,finira par l'avoir par procuration en baisant sa mère.Pendant ce temps Bertrand,le pas beau amateur de femmes mûres,fait du gringue à la patronne de l'hôtel,sans résultat.Tout ceci file à un bon rythme entre un bal écourté par la pluie,un concours de chant,une intoxication alimentaire qui ne sera pas sans conséquence,un raid automobile sur la plage,deux mamies qui échouent à l'hôpital et un anniversaire réconciliant tout le monde.Puis on se quittera en pensant,plein d'espoir,aux vacances de l'année prochaine.Lang a su trouver ce ton doux-amer qui se révèle tantôt euphorisant tantôt poignant et qui permet à son film de traverser les décennies en se bonifiant.La distribution est fantastique et aligne valeurs sûres du ciné d'alors et espoirs qui ne seront pas tous confirmés.Chez les darons on a l'imposante stature de Robert Lombard,une gueule marquante de la scène et de l'écran,en père rétrograde dépassé par la modernité de ses filles jouées par la belle blonde Sophie Barjac,allumeuse aux ambitions de chanteuse,et Marilyne Canto,sa jeune soeur qui nous offre le seul plan nichons du film.Myriam Boyer est très sexy en mère de famille rangée saisie par la débauche,malgré le flicage de son mari,l'excellent Jean-Paul Muel.Daniel Ceccaldi est impérial en dragueur impénitent aux desseins contrariés,flanqué d'un neveu incarné par Thomas Sussfeld,un gamin très rigolo.Guy Marchand est incroyable en binôme de Ceccaldi toujours prêt à lever le manche,bien qu'il soit marié à la magnifique Michèle Grellier,les plus beaux yeux du théâtre et de la télé,qu'on a hélas peu vue au cinéma.Leur fille capricieuse est une Anne Parillaud vraiment choupinette,dont le soupirant est l'oublié Bruno Lavergne,plus connu comme chanteur sous le nom de Bruno Guillain,même si sa carrière ne fut guère prolifique.Il aura quand même fait deux duos avec Dalida.Francis Lemaire est hilarant en Belge manipulé par ses copains et se découvrant une vocation de séducteur.Parmi les garçons de la bande il y a un certain Bruno Du Louvat,devenu célèbre en tant qu'écrivain handicapé nommé Bruno de Stabenrath,l'ami de Xavier Dupont de Ligonnès.Il aura un grave accident de voiture en 96,qui lui coûtera sa mobilité,cette histoire étant le sujet de "Cavalcade",un film de 2005 dans lequel Titoff joue le rôle de Stabenrath.Il a ici une très jolie scène de baiser sur la plage avec Parillaud,qui rappelle celle de Lancaster et Deborah Kerr dans "Tant qu'il y aura des hommes".Michel Robin est formidable en vieux gars doux et résigné qui accompagne constamment sa mère très âgée interprétée par une émouvante Germaine Delbat.Martine Sarcey déploie une belle énergie en hôtelière très occupée et en sus étroitement courtisée par un Bernard Soufflet plein d'aplomb et à la tronche improbable.Blanche Ravalec,habituée des rôles de chaudasses,est l'employée de l'hôtel draguée par Ceccaldi.Il y a aussi un couple d'anglais qui n'arrêtent pas de s'engueuler bruyamment,formé de la Hongroise Anna Gaël,une des très belles nanas de l'écran français de l'époque,et du chevalin Geoffrey Carey,un british qui a fait une grande partie de sa carrière en France.Valérie Boisgel,vedette de films érotiques,tentait en ce temps-là une reconversion dans le ciné "normal" et apparait en conquête de Marchand.Une Marie Bunel débutante est également présente,alors que le petit ami snob et prétentieux de Parillaud a les traits de Philippe Ruggieri,dont la carrière sera très courte car il ne tournera ensuite que trois films.On le verra en vedette dans "Le gagnant" de Christian Gion,puis dans des rôles secondaires dans deux de Funès.Roger Trapp fait la queue à la poste et le culturiste Jean Texier donne des cours de sport sur la plage.Parmi les tout petits on distingue les deux jolis blondinets Lionel Melet et Malène Sveinbjornsson,qui ont droit à leur mini love story et qui se retrouveront en 79 dans "Le temps des vacances",autre production Dassault.

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le 23 août 2025

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