Sentimentalement, je suis épipurien. Epicurien tu veux dire ? Non, non, épipurien

Sentimentalement, je suis épipurien. Epicurien tu veux dire ? Non, non, épipurien : je rencontre des femmes, je discute, épipurien…


C'est mieux qu'un film : c'est une étude sociologique de mœurs où les vacances estivales familiales, pour ceux qui avaient les moyens de se les payer, constituaient une tradition aussi respectée que Noël ! Certains se privaient même de tout, tout au long de l'année, pour pouvoir s'offrir cette vie d'oisiveté temporaire : s'offraient alors à eux ce spectacle des autres avec lesquels pouvoir se lier, se comparer, s'affronter, voire flirter et se laisser vautrer dans les doux abandons de l'adultère... C'est à peine caricatural tant à l'époque, les images qu'on nous montre étaient banales... Comme ce couple de petits vieux qui s'amuse à observer "cette jeunesse" qui s'éclate.

Cette œuvre a aussi une valeur patrimoniale avec un témoignage de ses valeurs de l'époque vu par un témoin né avant la seconde guerre mondiale, précurseur du baby-boom.

Une satire amusée du comportement des gens de classe moyenne, et de l'inventaire des signes extérieurs de réussite sociale (l'aller et retour d'une famille en voiture tractant un bateau)

Les "coups de canifs dans le contrat de mariage" étaient courants et les avancées médicales de la pilule comme moyen contraceptif commençaient à minimiser les risques de grosses non souhaitées, et une libération grandissante de la sexualité féminine...

Maintenant, il n'y a plus de mariages, ou si peu... Tout est précaire : l'amour, l'emploi (...)

Michel Lang (1939-2014) qui réalise et scénarise ce film, a monté un peu à la fois, les escaliers des métiers du cinéma, fréquenté l'élite de l'IDHEC, et son premier essai a gagné le jackpot : il a longtemps été assistant-réalisateur, et auprès d'une grande diversité de metteurs en scène.. dont Henri Verneuil mais je ne retrouve pourtant pas de trace écrite, mais Lang utilisait parfois des pseudos....

Après ce long chemin de Compostele cinématographique pour se former, il se lance dans un premier plongeon comme maître d'oeuvre avec " A nous les petites anglaises" et pour un coup d'essai, ce sera un coup de maître : 5 704 446 ont répondu à sa traversée transmanche, téléportant Lang à la troisième place du box office 1976 derrière "Les dents de la mer", autre fantaisie maritime....

Les ingrédients sont les mêmes que ceux de ce film : des vacances, des études psychologiques de mœurs autour de familles, comme celle de Duraton jadis feuilleton phare façon "Dallas" sur Radio-Luxembourg....

Le réalisateur a dû s'imprégner d'évènements survenus au cours de sa vie, de choses vécues ça et là : nombre de réalisateurs et scénaristes sont de vraies éponges à souvenirs ,prêts à les presser au moment venu... La réalité dépasse souvent la fiction...

Façon Verneuil ? Le déroulement des plans, le montage, rendent cette accumulation de petits sketchs très vivante, voire sympathique, comme les réussissait celui des meilleurs réalisateurs qui fut. On ne s'ennuyait jamais...

Avec souvent un fil rouge de cet ado boutonneux que j'évoquais et qui se déroule au fur et à mesure que grandit son désir de copuler avec une femme, directrice d'hôtel de surcroît) et qui a d'autres chats à fouetter que jouer les cougars.... Mais une femme pardonne toujours à l'homme d'avoir tenté sa chance, jamais de l'avoir laissée passer ! d'autant que si vous suivez bien cette histoire, souvent femme varie, surtout quand elle est le fruit de la tentation d'un plus jeune....

.... Mais vous verrez ça vous-même !

Ce qui est amusant, c'est qu'au fil de ses films, on constate que Lang travaille toujours en demi-teinte : ne parlons pas du titre qu'il ne pouvait décider, sans originalité.

Mais de ce film amusant, vivant, rythmé, qui 'est pas ni un film comique, ni hilarant façon de Funès.... (vous voyez la richesse de notre vocabulaire)...

Demi-teinte encore des comédiens : aucune star, (rigueur budgétaire ? J'aurais bien vu un Serrault dans ces vacanciers galère) mais que des seconds couteaux, et parmi les plus affûtés dont chacun va tenter de se démarquer des autres pour être le plus apprécié : c'est ainsi que Guy Marchand, recordman des rôles de rôles de "flic à la con", nous offre autre chose que du Burma (par ailleurs excellent)

On ne sait trop sur quel acteur flasher : tous leurs rôles sont intéressants....

J'ai bien aimé l'ado boutonneux que j'ai évoqué, peut-être deveu directeur d'hôtel, et pas très "Delon" côté physique !

Même demi-teinte et sobriété : le tournage à Locquirec, bled perdu dans le Finistère, face à la mer.

Moins prisé que sur la côte d'Azur ou en Corse, sans les audaces de bronzage de Saint Tropez, qui avait débuté fin juillet 1977.

Le film a été tourné en partie dans le "Grand Hôtel des Bains" toujours debout malgré les assauts des embruns, du vent, et du sable, bref : face aux agressions maritimes et de l'Amocco Caddiz...

Le climat iodé et vivifiant de cette Bretagne chérie et qui se mérite, semble profiter au dynamisme stupéfiant du tournage ! Les crustacés peut-être aussi ? Ca ne davait pas être une sinécure que ces vacances !

Parfait film pas trop compliqué, délassant, pépère : c'était le troisième des neufs de Lang commis de 1976 à 1987 allant decrescendo... Il avait lui trompé le cinéma avec la télé et fait pas mal de réalisations pour elle, dont quelques épisodes d'un must des feuilletons : "Louis la Brocante"....

Michel Lang était peu médiatique : il y a eu peu de com' autour de ces vacances, d'ailleurs le thème n'est pas nouveau, ce qui n'a pas empêché à ce film sur les "congés payés" sa réussite commerciale : 2 771 917 spectateurs et une dixième place au box office sur quarante-et-un films millionnaires ! Sans tambours ni trompettes à contrario de"Midnight-Express" grand vainqueur cette année-là et que je n'ai jamais vu ! Rediffusions interdites ?

Autre facteur de réussite : le génie musical de Mort Shuman, compositeur, chanteur, parolier et ce qu'on ne sait pas : acteur américain... Je l'avais découvert dans son tube mondial : "Il neige sur le lac majeur" de toute beauté. Je possède du reste le 33 tours ad'hoc du compositeur et ressens toujours cette grande écoute pleine de nostalgie et de paroles comme "les oiseaux-lyres sont en pleurs".... De la nostalgie en musique façon "Capri c'est fini"...

Ce n'est pas le film du siècle : le côté érotique est quasi absent si on omet la fugitive tentative de durcissement des seins d'une vacancière. Et une palpation-pelotage mammaire d'ado lors d'une boum presque amusante....

Pourtant, Lang avait été marié à trois reprises... Il devait bien connaître les femmes ?

Jusqu'à présent, les sélections de T18, nouvelle-née de la renumérotation des chaînes de la TNT et de l'éviction d'autres, n'avait pas eu de sélections cinématographiques aussi prolifiques qu'Arte..:

.

T 18 le 20.07.2025- 21.08.2025-











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le 24 juil. 2025

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le 24 juil. 2025

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