Quand on parle d'animation française, on a tendance à citer des œuvres spécifiques tels que The Prodigies (Antoine Charreyron, 2011) ou des réalisateurs comme Paul Grimault, Michel Ocelot ou René Laloux. On cite un peu moins Jean-François Laguionie, surement car ses films n'ont pas été de grands succès commerciaux (on navigue entre 79 651 et 388 090 entrées) et qu'ils n'ont pas tant été réhabilité par le grand public depuis.
Sorti quelques mois après Pirates des Caraïbes (Gore Verbinski, 2003), L'île de Black Mor en est un parfait contre-pied avec un rythme plus lent et beaucoup moins d'actions. Ce qui n'empêche pas ces dernières d'arriver pour quelques batailles navales et combats à l'épée.
De même, les personnages ne sont pas forcément des gentils. Le héros, sorte de Jim Hawkins un peu plus âgé et orphelin, doit faire face à une mutinerie, s'amusant avec ses moussaillons en les menant vers une fausse piste et la seule fille de l'équipage se fait un temps passer pour un garçon (bien aidée par ses vêtements de moine) pour éviter tout problème. La traque du trésor devient de plus en plus personnelle pour le héros, tournant même à l'obsession arrivé sur l'île. Une île paradisiaque qui cache bons nombres de mystères ici et là, devenant même un personnage à part entière du film. Mais aussi le terrain d'amours, puisque Laguionie part un peu dans la nudité, confirmant qu'il ne s'adresse pas qu'aux enfants.
Le film de pirates a vu son lot d'ersatz de la franchise lancée par Gore Verbinski depuis 2003, au point que les réelles alternatives furent rares. L'île de Black Mor est certainement la plus intéressante, munie d'un style d'animation simple, mais toujours agréable à regarder. Laguionie se révèle également intéressant dans le portrait de ses pirates, des hommes ne savant pas lire mais se focalisant sur un imaginaire. La quête de l'or pour certains, les récits entendues pour d'autres. Ici les personnes savant lire sont des vieux professeurs et une jeune femme. Si le Kid est un corsaire stratège et suffisamment intelligent pour tourner en bourrique ses acolytes, la Petite Moine peut être vue comme son alter-ego, sachant lire et déchiffrer des cartes. Ce qui en fait deux êtres complémentaires.
L'île de Black Mor est donc un film d'aventure réjouissant, sortant du lot et aux personnages travaillés sous des formes en apparence archétypales (le jeune héros, la fille, les pirates fourbes, l'animal fidèle, le déserteur noir).