Le nouveau film de Stéphane Demoustier, très bon cinéaste, a comme premier mérite de nous révéler un personnage inconnu, comme le nomme le film, Johan Otto von Spreckelsen, architecte danois d'alors 53 ans, choisi sur concours pour construire le projet de grande arche de la Défense, à l'époque le Cube tel qu'il le nommait lui-même. Architecte sans oeuvre, sans nom, sans expérience, qui n'a construit que sa maison et 4 églises dans son pays, mais Mitterrand le sens bien et lui accorde sa confiance. C'est un puriste, il ne veut jamais faire la moindre concession à son idéal de départ, et c'est ce qui causera sa perte, surtout lorsqu'arrive la cohabitation et que Juppé lui coupe tous les moyens démentiels mis à sa disposition par Mitterrand. Le gars va en mourir, et son nom repartir aux oubliettes. Sans Demoustier il y serait resté. C'est un beau portrait d'idéaliste broyé par les contraintes du compromis, d'un homme qui n'a pas compris que le métier d'architecte ne se fait pas seul, mais qu'il faut sans cesse réajuster son idée initiale si on veut parvenir à la réaliser et qu'elle devienne concrète. Le film est un peu froid, très danois dans l'esprit en fait, et manque un peu de reliefs, de dramaturgie qui le rendrait plus prenant, mais au moins il a pour lui de ne pas céder aux poncifs du biopic sans aspérités tel que l'on voit souvent. Le film souffre surtout de sortir la même année que le chef-d'oeuvre The Brutalist. C'est quasiment le même film, il y a la même grande scène centrale dans la carrière de marbre gigantesque de Carrare en Italie, le destin du personnage est quasi identique, et malheureusement il est quasi impossible de voir le Demoustier sans penser au Corbet, et comparer malgré soi la différence d'ambitions.