L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

Alors comme ça le cinéma en 2026 est mort ?


C’est vrai, comment ne pas l’admettre ?



Comment ne pas admettre que Hollywood n’a plus le courage de proposer des nouvelles histoires, bon à triturer des sagas à la dérive, déjà avec un voire deux pieds dans la tombe ?



Comment ne pas admettre qu’à l’aube de l’émergence de l’IA, les grands studios plient sous la puissance du numérique pour ne plus apporter un minimum de dévotion artistique ?


Comment ne pas admettre que le cinéma qui faisait rêver nous dégoûte dorénavant ?



Qu’une poignée d’hommes et de femmes tentent pour le mieux de garder cette ambition, parfois à tort, car si Dune, par exemple, fut une sacrée révélation à sa sortie en 2021, comment ne pas se lasser face à un troisième film : "Dune : Messiah" pour le mois de décembre (ausso bon qu’il puisse prétendre) ? Ainsi les œuvres qu’on chérissait deviennent actuellement des non-événements, où le simple fait d’entendre Avengers fait trembler le monde geek.


Et pourtant…


Et pourtant si il y avait un espoir


Un espoir qui divisera sûrement l’homme mais qui semble cependant être étudié comme un spectre cosmique fracassant les étoiles.


Le Spectre Nolan :


celle d’un homme qui a toujours su vouer à ses œuvres des prouesses techniques impressionnantes,

entre véritable tournage naturel, effets spéciaux hyperréalistes, tournage immersif, moment chaotique.


S'il est peut-être facile de détester Nolan et ses tics de langage cinématographique parfois poussés vers l’ego et l'anti-rationnel, tels des films comme "Tenet" ou par moments "Interstellar",


comment ne pas se dire que voir un artiste comme Nolan nous proposer œuvre après œuvre des projets puissants, uniques, reflétant autant la beauté (Interstellar, Inception) que l’horreur de notre monde (The Dark Knight, Dunkerque, Oppenheimer), comment ne pas proclamer Nolan en tant que messie à l’heure des blockbusters médiocres aux allures de téléfilm, une œuvre telle que l’Odyssée ne déploie pas une forme d’attente à l’extrême ?



Et pourtant, malgré encore une fois un tic de langage déjà présent dans ses bandes-annonces (côté par moment pompeux, étalonnage sombre, démesure des plans), comment ne pas enlever cette démesure épique, cette volonté de donner toute la prouesse technique et biblique d’une œuvre telle que l’Odyssée sur grand écran ?



Comment ne pas avouer que The Odyssey sera peut-être le film de somme de toute la carrière du réalisateur britannique ; entre l'envie d’exploiter au maximum son espace-temps afin de constater et questionner son spectateur sur le voyage d’Ulysse comme le suggère Nolan et son reflet du passage du temps (Interstellar, Inception, Dunkerque, Tenet), ressurgir une certaine vengeance et comment elle se confronte à la moralité entre le devoir d'Ulysse et son retour à Ithaque (The Dark Knight Rises, Memento, Interstellar), ou encore la question du pouvoir et sa politique, ou quand un homme dispose du pouvoir absolu pour répandre le chaos (The Dark Knight, Oppenheimer) ?



Alors juste cette simple question : comment se dire que L’Odyssée (et attention votre serviteur pèse ses mots après avoir répliqué un nombre incalculable de belles proses à la noix) n’est ou ne sera pas le film de 2026, comment se dire que l’Odyssée n'est pas partie pour être le plus grand film de 2026, par son ambition, son miroir avec son auteur, et tout simplement sa volonté de proposer l’impossible ?


Et si Nolan réussissait ?



Et si Nolan parvenait à écrire l’histoire et faire de l’Odyssée son film Momentum, tout simplement son meilleur film ?



Difficile de poser des mots en plein avis à chaud sur une œuvre aussi riche et complexe que l’Odyssée, le 13ᵉ long-métrage de Monsieur Nolan est dense, un récit qui doit être analysé avec un certain recul (ce que votre serviteur ne fait absolument pas d'ailleurs), les 2 h 52 de long-métrage doivent se digérer, 3 h d'un déroulement ininterrompu de moments de pure euphorie et de grandeur.




Disons-le clairement, "L’Odyssée" est une œuvre ambitieuse, épique, parfois peut-être trop, tant Nolan semble vouloir tout faire rentrer au chausse-pied, ce qui peut toutefois laisser des éléments en surface (d’où une certaine appréhension sur une possible version longue par la suite qui laisse présager que Nolan devait couper au maximum son film pour ne pas rentrer dans la case des 3 H).




Avant d'apporter une raison sur la volonté de Nolan de reprendre le poème épique d'Homère, il faut admettre que L'Odyssée, par ses deux premières heures et un déchaînement exquis de tour de force épique et splendide,




Premièrement, par sa manière successive de retracer avec une force et une assurance les épreuves que devront affronter Ulysse et ses hommes lors de leur retour à Ithaque, au-delà de la mise en image du Cyclope, de Circé, du passage de Scylla ou encore du retour avec les prétendants, Nolan va ingurgiter pour chaque épreuve un genre pour assurer une ambiance et réussir à évoquer pour chaque affrontement une manière pour son personnage de délivrer tout le symbole du concept même du héros et de sa mythologie, mélangeant film de guerre, horrifique et parvenant à tourner son récit vers le body horror (notamment avec Circé et Polyphème) qui est un des passages les plus sensationnels et surprenants du film de Christopher Nolan.




Cependant il semble que durant ses premières heures Nolan cherche à caractériser Ulysse à travers une résonance sur notre monde, celui de la guerre et de la haine. Nolan cherche à construire l'épopée d'Ulysse comme un homme qui ne veut plus de ce monde, qui s'est presque poussé à l'exil avec la Guerre de Troie qui va être le centre névralgique de son récit (à l'image de son affiche et de son cheval de Troie sous le poids des flammes et du sang),




Et c'est là où toutes les imbrications mises en place sur les deux premières heures vont se confronter vers son dernier acte, excellentement bien amené dès sa première scène, pour mieux faire résonner l'odyssée comme un miroir de la folie humaine. À l'image de l'œuvre d'Homère, Nolan, par sa réécriture, cherche à façonner la pure vérité de ce que voulait énoncer Homère dans son œuvre. Nolan cherche à donner un sens à ce héros qui n'en est pas un (une caractéristique très prisée du héros nolanien comme dans The Dark Knight ou Interstellar).




L'Odyssée est un voyage onirique sombre et mélancolique, porté vers une maîtrise technique rarement vue dans le cinéma blockbuster, tout en optant pour une réécriture moderne faisant miroir avec un certain "Oppenheimer" qui, lui, est alerté sur notre monde quand l'homme devient maître de son pouvoir extrême. Ici Nolan déconstruit le mythe du héros comme il l'avait fait dans The Dark Knight pour mieux discerner l'homme derrière la figure.




Il semble cependant que certes Nolan ne réussisse pas tout à fait à briller sur tous les points, principalement par un déluge d'acteurs et d'actrices bankables pas forcément tous bien traités. Ici le film de Nolan fait plus office d' un défilement de grosses têtes et de tapis rouge que de véritables personnages incarnés, notamment Zendaya, en Athena, et bien d'autres tels que Elliot Page, Lupita Nyongo (tiens donc, deux acteurs issus des polémiques merdiques du film).




Et paradoxalement, à travers cette maîtrise de tête d'affiche, personne étonnamment ne tire son épingle du jeu , réussissant chacun à apporter une force a leur manière, que ce soit le côté juvénile de Tom Holland, le désespoir d'Anne Hathaway, la résonance biblique de John Leguizamo (acteur trop sous-coté) ou encore la persévérance d'un Matt Damon en Ulysse,. Néanmoins le personnage autant que son acteur qui tient le rôle le plus pertinent reste un certain Robert Pattinson en Antinoos, véritable pion du pouvoir et du coup d'État en prétendant principal de Pénélope, prouvant encore une fois que Pattinson peut être un excellent acteur que certains méprisent pour d'illustres œuvres médiocres sorties il y a plus de 15 ans (arrêtez avec Twilight ou Harry Potter, s'il vous plait).




En définitive, malgré des amputations dans son récit (autant dans son scénario que son adaptation) Christopher Nolan réussit pleinement son objectif en apportant l'épique, l'émotion, la poésie et la justesse du poème d'Homère. Le réalisateur britannique parvient. un coup de maître artistique par une mise en scène exemplaire, soignée et étourdissante, disposant d'un mélange de genres très juste, un rythme toujours impeccable de 2 H 50 sans aucune once d'ennui ni de passages à omettre, le récit d'Homère devenant la base infinie de Christopher Nolan, obsédé par l'impact du temps symbolisé par celui d'Ulysse et cette fois-ci tourné vers la furie des hommes et la guerre qui fait basculer cette réinterprétation de l'Odyssée de 2026 comme une immense introspection ambitieuse, poétique, nihiliste résonnant avec notre monde, magnifiée par un troisième coup de maître pour le compositeur suédois Ludwig Göransson (après Tenet et Oppenheimer) faisant ressurgir autant la beauté que l'horreur homérique.




Alors pour revenir à mon propos en introduction,




Le cinéma n'est pas mort.




Car L'Odyssée rappelle pourquoi nous aimons les salles obscurs , pour en ressortir le cœur battant et les larmes aux yeux,




L'Odyssée est un voyage inoubliable et immanquable.




Et c'est ainsi que les dieux créèrent Christopher Nolan qui, tout comme Ulysse, les défia…



Cine-Eyes
9
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Créée

le 15 juil. 2026

Critique lue 17 fois

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