Lorsqu'on lit l'Odyssée d'Homère, il y a une chose manquante ; le poids de la culpabilité d'Ulysse pour ses méfaits. Il est d'ailleurs toujours décrit comme étant rusé, certes, mais comme étant noble et vertueux. Or, il ne l'est pas !
Remis dans le contexte de son écriture, les dieux occupent une place centrale dans le déroulement des péripéties d'Ulysse. Mais nous pourrions tout aussi bien les interpréter aujourd'hui comme des images, des concepts ou encore des métaphores.
Et c'est ce que choisit de faire Nolan dans son adaptation de l'Odyssée. Et ça n'aurait pas pu être autrement quand on connaît un peu sa manière de raconter des histoires. Ce qui compte chez lui, c'est de dépeindre le réel tel qu'il est, tangible et inflexible. Chez Nolan, il n'y a pas de place pour le mysticisme.
Alors, il a bien dû composer avec cet aspect en voulant adapter cette histoire. Mais ce que j'ai aimé, c'est que toutes les figures mythiques, déesses et créatures sont des incarnations, des métaphores qui symbolisent les propres tourments de la psyché d'Ulysse. Et ça, on le déduit. Nolan ne nous l'explique pas ! C'est suggéré. Il ne nous prend pas par la main pour nous dire : "Regarde ce que j'essaie de te dire, t'as compris ?" Et ça, c'est appréciable !
Le film prend beaucoup son temps pour nous amener là où il souhaite nous emmener. En tant que spectateur, on se demande bien où Nolan veut en venir. Raconter seulement les chants d'Homère n'aurait eu d'ailleurs aucun intérêt. Et il fait du voyage d'Ulysse l'expérience de la culpabilité de tout un chacun et de son coût lorsqu'elle est insupportable, l'amnésie !
J'ai été sincèrement ému à partir du troisième acte grâce à la lenteur des deux premières heures de film, qui nous permettent de nous identifier comme il faut aux protagonistes. Le film a réussi à me plonger dans son univers et dans ce qu'il avait à proposer, et pour cela, je lui mets la note de 8/10.