Il y a trois semaines, je prends ma place pour l'IMAX 70 mm à Montpellier, 30 euros pour un des deux films que j'attendais de voir cette année au cinéma. Qu'on me traite de "non cinéphile" parce que je me déplace si peu au cinéma, soit. N'empêche, c'est avec un mélange d'excitation et d'appréhension que je prépare ce premier week-end d'Aout, tant l'œuvre originale aura pesé dans ma vie tout entière.
Lecture d'Ovide pendant mes études littéraires, quelques cours de fac sur l'art grec, marin militaire à 23 ans avec le bouquin d'Homère sous le bras tout en écoutant l'album bleu "Demis Roussos" de Sébastien Tellier dans mes écouteurs filaires, puis, deux ans plus tard, un voyage de trois mois et demi en sac à dos sur les côtes d'Italie, en comptant un bon mois tout autour de la Sicile. La côte des sirènes et des monstres marins, les îles du Vent, la grotte de Polyphème à Milazzo, les hauteurs de Taormina surplombant Giardini Naxos et offrant cette brume d'Ithaque qui enveloppe les plus belles côtes méditerranéennes où se côtoient l'altitude et l'étendue marine.
Tout semblait réuni pour que le film m'attrape bien comme il le faut par les sentiments et que j'en ressorte satisfait, mais il planait aussi un doute : mon vécu avec l'œuvre n'allait-il pas me rendre trop difficile à satisfaire ? C'est sans doute ce qu'il s'est passé pendant les deux premières heures du film, et puis tout s'est emballé, comme la tempête qui s'abat souvent sur le spectateur au bout du crescendo narratif des films de Nolan. On pense à la dernière mission james-bondesque de Cobb dans Inception, au tour de force du personnage de McConaughey dans Interstellar ou à la bataille finale pour Gotham dans The Dark Knight Rises. J'ai été comme déconcerté par la puissance de la fin du film qui contraste avec ce qui précède, peut-être aussi un peu sur ma faim concernant la musique trop peu méditerranéenne et organique du compositeur nordique. De ce début de film sur le retour lancinant du héros perdu, j'en attendais plus de lyrisme et d'esthétique à la Terrence Malick, et la scène du Cyclope (bien que comportant de belles références à Goya), comme celle de Circé, relèvent plus du combat créatif idéologique pour éviter le CGI que d'un réel travail de fond à la Guillermo del Toro. Je pourrais en dire davantage sur le film mais ce serait m'étendre plus que le voyage ne le demande. Nolan se veut moderne dans son adaptation et c'est tout à son honneur, mais la modernité se veut un peu frileuse et convenue et il rate l'occasion de faire un film avant-gardiste qu'on regardera dans plus de deux décennies... La violence graphique dessert le propos final, et n'est qu'un symptôme criant de son appartenance à son époque. Le film plaira au grand public d'aujourd'hui, mais les générations futures le trouveront désuet et sans grand intérêt.