C'est donc lors d'une avant-première au Pathé d'Annecy que j'ai pu redécouvrir cette grande épopée grecque, qui raconte le périple d'Ulysse qui, après la chute de Troie, va connaître un retour particulièrement difficile vers son royaume. Un voyage qui s’étendra sur plusieurs années - au grand désespoir de Pénélope et Télémaque - tandis que les prétendants d'Ithaque commencent à convoiter le trône. La tension monte progressivement, et c’est quelque chose que le film met plutôt bien en place... Sans que cela soit suffisant pour autant.
Donc voilà, l'Odyssée, c'est vraiment cette idée de long voyage rempli d'épreuves. J'ai l'impression que c'est un scénario parfait pour un « summer blockbuster ». Il y a énormément de choses intéressantes à développer. Surtout qu’on connaît le côté spectaculaire, mais aussi tangible, des effets spéciaux de Christopher Nolan (le mec fait péter des avions, des hôpitaux, des camions en plein Manhattan, et c’est toujours quelque chose d’assez attendu dans son cinéma).
Et ça marche : on a vraiment un travail artisanal qui nous permet quand même de sentir les décors, les armures, le bateau d'Ulysse, etc.
Là où je suis un peu plus déçu, c’est sur le déroulement des péripéties qui, je trouve, s'accumulent rapidement. Certes, il y a des passages intéressants comme la sorcière Circé ou le Cyclope, où on retrouve, de manière surprenante, une dimension horrifique intéressante. D’ailleurs, c’est quelque chose d’assez neuf chez notre réalisateur (hormis le Joker de The Dark Knight).
Mais voilà, il y a d'autres moments (je pense surtout au 2ème stop, cette île où tout l’équipage se fait démonter en l'espace de quelques minutes) qui sont vraiment trop rapidement amenés. C’est presque comique de voir les personnages se prendre une telle branlée, sans vraiment avoir le temps de comprendre le contexte ou les enjeux de ce passage. On a l’impression d’être face à une simple étape obligatoire du voyage, alors que cette partie aurait pu offrir énormément de possibilités en termes de mise en scène et de créativité. C’est un peu la même chose avec les sirènes, où l’idée est intéressante sur le papier, mais où l’œuvre manque cruellement d’imagination. C’est quand même un passage qui aurait pu être un grand moment visuel et sensoriel.
Finalement, le film ne perd pas trop son temps sur les combats, mais plutôt sur d’autres thèmes qui ne sont pas pour autant réussis. Il y a beaucoup de personnages secondaires (Ulysse compris) qui, finalement, n'ont pas de profondeur psychologique. On sent que le but du film, c'est vraiment de plonger dans le conflit intérieur d'Ulysse : ce sentiment tourmenté, la pression du leadership, la culpabilité d'avoir fait des choix parfois contestables, cette remise en question sur son rapport à la guerre, à la conquête de territoires, etc. On sent que c'est le point central du film, mais malheureusement, je n'ai pas ressenti grand-chose. C'est vraiment ce qui m'a un peu frustré en fin de séance. Matt Damon fait un bon travail d'acting, mais on sent qu'il y a un problème de réalisation. Idem concernant Calypso : on aurait peut-être aimé avoir une relation plus complexe entre elle et Ulysse. Il y a quand même sept années qui s’écoulent, et cette relation est traitée de manière assez expéditive, sans vraiment prendre le temps d’explorer ce qu’elle implique émotionnellement. Quant à Robert Pattinson, on n’a finalement pas assez de temps pour comprendre ses motivations ou développer une véritable rancœur envers ce personnage, ce qui fait qu’on ne ressent peut-être pas autant la satisfaction de la revanche finale. Le conflit manque donc un peu d’épaisseur émotionnelle.
En définitive, j'ai l'impression qu'on est face à un projet intéressant, mais son ambition finit aussi par devenir sa principale faiblesse. En voulant retranscrire une œuvre aussi dense en seulement trois heures de film, le récit souffre d’un traitement trop sommaire. Malgré la variété des aventures qui jalonnent l’Odyssée, bah on manque un peu de substance. Peut-être qu’il aurait fallu faire le choix de se concentrer davantage sur certains passages, quitte à en laisser d’autres de côté, pour gagner en efficacité dramatique.