Christopher Nolan revient deux ans après son Oppenheimer, ultra-récompensé et plébiscité par la critique comme par les spectateurs. Après un tel carton, Universal lui a offert un budget pharaonique de 250 millions de dollars et une carte blanche totale pour adapter l'un des piliers de la littérature de notre Histoire : L'Odyssée d'Homère.
Le résultat est à l'image du cinéaste, connu pour sa rigueur chirurgicale : un tournage bouclé une semaine en avance et en deçà du budget initial. Universal peut avoir le sourire.
Le film retrace le périple d'Ulysse (ou Odysseus en grec, et oui, tout prend son sens désormais) qui, après avoir été le héros qui a sauvé le monde grec, tente tant bien que mal de retourner sur son île d'Ithaque.
Là où Nolan brille, c'est dans sa philosophie visuelle. Fidèle à lui-même, il limite drastiquement l'usage des VFX (les effets numériques de post-production) au profit des FX (les effets physiques et mécaniques sur le plateau). Il faut tirer notre chapeau devant de telles prouesses techniques et ce sens du réel : de vrais décors naturels, de vraies armées de figurants et des lieux tangibles. L'esthétique de cette civilisation grecque est loin des cités tentaculaires et numériques ; ici, tout est plus brut, plus minimaliste, plus viscéral.
Malgré ses 2h50, personnellement, je n'ai pas vu le temps passer — là où j'avais pu ressentir quelques longueurs sur Oppenheimer.
Du côté du casting, tout le monde est convaincant. Pourtant, alors qu'on nous promettait une avalanche de stars à l'affiche, le film se concentre presque exclusivement sur Ulysse et, dans une moindre mesure, sur son fils (incarné par Tom Holland) et l'arc narratif qui lui est lié. Pour le reste, les apparitions de ce casting "cinq étoiles" tournent presque toutes au caméo de luxe. Qu'importe : Matt Damon livre une performance magistrale, et Tom Holland est tout aussi excellent.
Sur le plan formel, le film brille de mille feux. Et je pèse mes mots : c'est un sans-faute. La réalisation est une véritable leçon de cinéma. Aucun plan n'est superflu, tout est d'une clarté absolue. La photographie et le travail sur la lumière sont parfaits, et les scènes de combat particulièrement bien chorégraphiées. Quant au montage, il s'impose déjà comme un modèle du genre : tout est limpide alors que l'on suit deux ou trois intrigues en parallèle, sur des temporalités différentes. Nolan signe ici l'apothéose de sa technique ; il maîtrise sa pellicule comme personne.
Finalement, le seul bémol ne vient pas du long-métrage en lui-même, mais de sa campagne marketing. survendre un casting qui se limite à des caméos et comparer l'œuvre au Seigneur des Anneaux était une erreur. Si l'on retrouve l'idée de la quête du héros, la comparaison s'arrête là.
Ma note est très élevée, proche de la perfection, car techniquement, c'est implacable. L'histoire, tirée du livre, reste la quête de rédemption d'un homme qui a défié les dieux et se retrouve à devoir combattre le destin qu'ils lui ont tracé.
On peut le dire : après l'Odyssée d'Homère, il s'agit bel et bien ici de l'Odyssée de Nolan.