Adapter et réadapter les grands récits de l'Antiquité n'est jamais un exercice vain. C'est au contraire une manière de redécouvrir ces textes fondateurs, qui traversent les siècles sans perdre de leur force et continuent de nous éclairer sur la condition humaine. Nous partageons avec ceux qui nous ont précédés les mêmes interrogations, les mêmes angoisses face au destin et à ses cruelles incertitudes.
L'Odyssée d'Homère raconte le retour chaotique d'Ulysse vers Ithaque après les dix années de la guerre de Troie. Ce voyage initiatique mêle aventure, merveilleux et nostalgie. Il annonce, d'une certaine manière, les grands romans d'aventure du XIXᵉ siècle. La poésie irrigue chaque épisode, tandis que la puissance symbolique des épreuves traversées par le héros demeure éblouissante. Les événements évoqués se situent probablement entre 1300 et 1100 av. J.-C., et nul ne sait si Ulysse fut un personnage historique. Mais, au fond, cela importe peu.
La véritable question est ailleurs : cette nouvelle adaptation nous offre-t-elle un regard personnel, créatif et contemporain sur ce chef-d'œuvre ? Les moyens engagés sont colossaux. Il s'agit d'une superproduction au budget vertigineux, portée par des acteurs prestigieux dont on imagine sans peine les cachets. Visuellement, le spectacle est souvent somptueux.
Pourtant, j'en suis ressorti profondément déçu. Les dialogues manquent de relief, la direction d'acteurs paraît inexistante, et la bande sonore, saturée d'effets et de fracas, laisse bien peu de place au silence, à la contemplation ou à la poésie qui imprègnent pourtant le texte d'Homère. Quant au propos, il se réduit à une morale d'une grande banalité : après tant de massacres, Ulysse pourra-t-il dépasser sa culpabilité ? Est-ce vraiment tout ce que cette œuvre millénaire a encore à nous dire ?
Le long massacre final, complaisamment étiré, paraît gratuit et finit par confiner au grotesque. La représentation d'un Ulysse transformé en guerrier bodybuildé — incarné par Matt Damon — prête davantage à sourire qu'à convaincre. Au terme de près de trois heures de spectacle, il ne reste finalement qu'un péplum spectaculaire, efficace sans doute, mais dépourvu de véritable souffle. Là où l'on pouvait espérer une relecture ambitieuse d'un des plus grands textes de la littérature occidentale, le film se contente d'en livrer une version simplifiée, bruyante et étonnamment naïve. Cette adaptation ne m'a pas semblé apporter de regard nouveau. Elle laisse surtout l'impression d'une occasion manquée.