Bien sûr, le film est visuellement beau, voire trop beau, trop propre. Il manque ce souffle primitif, étrange, mystérieux de l'épopée d'Homère. On peut dire que le film se laisse regarder sans ennui mais il ne remue pas, il laisse à distance, peu concerné. Et la modernisation, certes intelligente, se complait dans cette intelligence, une intelligence somme toute assez formatée en rupture avec la puissance sobre de la linéarité chronologique qui vole en éclat dans un geste péniblement onaniste. Un onanisme encore du côté des personnages, très dans l'air du temps, de l'autosatisfaction à se montrer rusé, intelligent, dans un ronronnement caractéristique de répliques sérieuses et calibrées. Le film n'est pas indécent mais lorsque l'on s'attaque à un texte pareil, il est bien dommage que l'on sorte de la salle de cinéma sans l'impression d'avoir vécu une expérience puissante, épuisante, perturbante et vertigineuse. Peut-être d'ailleurs parce qu'il ne reste rien du texte d'Homère que l'histoire, à la manière de ces fades abrégés pour élèves de collège.