On connaît bien les caractéristiques du cinéma nolanien, et on comprend aisément qu'elles puissent repousser une partie du public. Un scénario-centrisme (d'une non-linéarité parfois artificielle) qui délaisse souvent le langage de la mise en scène au profit de dialogues trop explicatifs, voire pompeux. Cette négligence donne souvent l'impression de ne pas filmer à hauteur d’homme, de ne pas filmer des corps. D'où l'impression d'un cinéma abstrait, accentuée par un montage frénétique type bande-annonce : on n'installe pas véritablement de scènes, on annonce des scènes et on les survole. Ajoutons à cela un marketing agaçant qui appuie sur la démesure (budget, IMAX, diversité des décors, etc.).
Et pourtant, ça fonctionne pas si mal. Tous ces défauts sont, en l'occurrence, plutôt adaptés à l'œuvre dont il s’empare : récits emboîtés, changements de point de vue brutaux, personnages qui commentent ce qu'ils vivent etc. L’Odyssée devient presque un matériau nolanien idéal : le surplomb et la mythologie, loin d'un réalisme que Nolan n'est pas capable de produire.