L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

♫ Après avoir fait l'tour du monde tout c'qu'on veut c'est être à la maison ♪

Je ne vais pas vous mentir, je m'attendais à une catastrophe industrielle. Pour tout dire, je n'étais même pas très motivé pour aller voir ce film... mais bon, je me suis senti obligé par "conscience professionnelle" (Mythologie Grecque oblige). Mais c'était clairement à reculons. Nolan, c'est pas un tâcheron, mais d'une part c'est l'un des réals les plus "terre-à-terre" et froid que je connaisse, ce qui n'est pas forcément de prime abord compatible avec un récit de type fantastique/onirique (j'ai été une des rares personnes à toujours clamer que tout intéressant qu'il soit, son Inception manquait cruellement de folie visuelle onirique au vu du sujet proposé), d'autre part, j'avais pas été franchement emballé (doux euphémisme s'il en est) par ses dernières propositions (Oppenheimer, TeneT, Dunkerque, Dark Knight Rises... autant de films que j'ai trouvé franchement... comment dire?... au mieux passables, au pire insupportables).

Et cette attente particulièrement basse, conditionne sans doute en grande partie la relative indulgence que j'ai finalement devant ce film. Car honnêtement, c'était pas plus mal que si c'était pire.

Alors bon, j'irais pas jusqu'à dire que c'est un incontournable, ni même que ce serait un "bon film", mais il a suffisamment de matière, d'idées, de partis pris potentiellement intéressants dedans, pour que je lui pardonne (en partie) ses manquements.


Car oui, j'ai trouvé des trucs intéressants dans ce film, aussi bien thématiquement que visuellement.

Déjà commençons par le plus marquant : l'arc Circé. Une excellente réussite et une scène qui reste gravée dans la rétine, même 48h plus tard (et rien que ça, c'est suffisamment rare dans un film moderne -voire dans un film tout court- pour être signalé). Ce malaise, cette transformation déroutante, l'ambiance étrange installée en amont par ce cadre mystérieux peuplé d'une faune pour le moins inappropriée. J'insiste mais cette scène, j'ai été pris dedans, de façon viscérale. Finit le Broutchlague analytique, cynique, distant, moqueur et pinailleur ; je ne pensais plus, je vivais l'instant, l'inconfort, la stupéfaction. J'imagine que si je l'avais vu gamin, elle aurait fait partie des scènes les plus marquantes de mon expérience ciné. Donc à partir de là, bien joué Christopher.

Autres trucs que j'ai trouvé plutôt sympa : les monstres. Que ce soit le Cyclope ou bien Scylla, j'ai trouvé leur design et leur intégration au récit plutôt réussis. Leur apparence est suffisamment "bizarre", pour distiller ce sentiment de malaise et d'inquiétante étrangeté, permettant de ne pas laisser indifférent. Vraiment, pour la première fois, je trouve qu'ici, le très rigide Nolan arrive (enfin!) à toucher du doigt une forme de folie visuelle.

Autre grande réussite du récit (même si j'ai cru comprendre que cet aspect avait été un peu gâché par la campagne marketing qui en a fait des caisses là dessus, mais bon) : tout ce qui est mer et bateaux. Je ne suis pas suffisamment expert de la question pour juger de la pertinence et de la fidélité historique de la reconstitution du navire, mais d'un point de vue purement cinématographique, ça fonctionne : on est embarqué (vous l'avez? vous l'avez?) et on croit au sentiment de détresse et de solitude de l'équipage. Nolan étant par ailleurs plutôt une brêle pour créer de l'attachement émotionnel pour ses personnages, ce genre de "chemin de traverse" pour créer un brin d'empathie envers nos protagonistes est plutôt salutaire. Je n'ai pas été voir la séance en 4DX et pourtant, je pouvais presque sentir mon siège bouger lors des scènes de tempête.

Enfin, pour clore ce chapitre des éloges, j'ai trouvé qu'il y avait certaines idées thématiquement intéressantes :

Déjà, l'emphase portée sur la question de l'importance de l'hospitalité et des lois divines chez les Grecs est plutôt bienvenue.

Ensuite, l'idée de faire un Ulysse brisé par le poids de sa culpabilité suite au sac de Troie, d'inclure tout ça dans un parfum global de fin du monde (là aussi, pas besoin de séance 4DX pour le sentir ce parfum de fin des temps et de chute de civilisation ; il empeste de toutes parts, s'insinuant dans tous les recoins de ce monde putride et je ne parle pas du film là), bin je trouve que l'idée est fort bien trouvée. A ce titre, l'inclusion de ce fameux "peuple de la mer", qu'on ne voit jamais mais dont l'ombre plane au dessus de tout le récit est une trouvaille brillante.

Alors bon, attention hein! C'est pas parce que j'ai dit que l'idée était bonne que j'ai trouvé pour autant l'exécution parfaitement réussie (on y revient). Mais tout de même, on sent que le film tente de faire un truc ici.


Voilà, autant de points qui suffisent à mes yeux à sauver le film de la noyade, malgré les tourments et les tempêtes. Cela étant dit, j'vais pas non plus prétendre que je suis hyper hypé par ce film. Parce que bon, il y a trop de trucs qui m'ont empêché de pleinement rentrer dedans...


Déjà, toujours cette foutue narration morcelée, décousue, avec moult inserts de flash-back toutes les deux secondes. Franchement j'ai du mal. Alors des fois, dans certains films particuliers (genre Watchmen ou, pour prendre un exemple plus Nolanien, Mémento) ça passe bien, mais la plupart du temps, je trouve ça indigeste, en plus de paraitre artificiel, montrant au grand jour, toutes les coutures de ton scénario.

Ensuite, il y a un domaine où Nolan a toujours été une quiche Lorraine, c'est dans sa façon de filmer les scènes de bagarre. Déjà dans The Dark Knight, qui flirtait pourtant à mes yeux avec le chef d'oeuvre, bin c'était clairement le point faible du bouzin. Et ce Odyssée ne fait pas exception. A ce titre, j'ai trouvé la scène finale de combat absolument indigeste. C'est mal foutu, mal cuté, mal chorégraphie, mal monté, c'était atroce. Sur ce point et d'après mes souvenirs, le vieux film Ulysse avec Kirk Douglas lui met une longueur dans la vue (et il date de 1954 bordel!).

On retrouve les classiques soucis inhérents au cinéaste : c'est froid, les persos sont peu attachants, les dialogues sont bancalounets, la musique est lourde, le rythme est en dents de scie...

Certains passages tiennent presque du running gag ; je pense notamment au fait que chaque fois qu'ils posent le pied sur une île, tu peux être sûr que 10 min plus tard, tu vas les voir courir vers leurs navires en hurlant de panique. On est sur un niveau de bis repetita que n'aurait pas renié One Piece.

Autre point qui m'a légèrement titillé l'occiput ; la caractéristique principale d'Ulysse, c'est d'être un rusé goupil il me semble. Or, je regrette, mais ça ne ressort jamais vraiment de ce film... Alors oui, on a bien l'inévitable cheval de Troie (au passage, pas convaincu que le fait de l'enterrer sur la plage de façon à ce que la moitié des hommes cachés dedans crèvent noyés par les marées avant même que l'équidé soit découvert par les Troyens, soit le révélateur d'un QI à 4 chiffres, mais bon....) mais en dehors de ça, les occasion d'intégrer la dimension hautement stratégique d'Ulysse sont rares, pour ne pas dire inexistantes. A contrario, plusieurs passages le font clairement passer pour une brêle (en parlant de ça, je gage que le passage où Athéna lui apparait pour se foutre de sa gueule en lui faisant un magnifique SMH des familles, deviendra un mème incontournable des internets! En tout cas à moi, il a su provoquer un beau fou rire).

Je signalerais aussi que le montage était parfois aux fraises avec plusieurs moment où l'enchainement des plans était particulièrement chelou (à titre d'exemple, quand ils tentent de sortir de la grotte et que Ulysse y replonge, c'était foutrement brouillon et bien malin qui pouvait saisir les tenants et aboutissants du premier coup d'oeil).

Enfin, si j'ai loué plus haut certaines idées potentiellement intéressantes, comme celle du traumatisme d'Ulysse et sa culpabilité suite à la mise à sac de Troie, j'ai trouvé que cette dernière était sacrément gâchée par une foutue pudeur de gazelle avec laquelle a été montré ce fameux sac. Pour que le poids du trauma du personnage fonctionnât, il aurait fallu à mon sens y aller franco sur le côté barbare et trash de la destruction de Troie. Or là, je suis désolé, mais on ne voit rien de très marquant à part des flammes, des immeubles qui tombent et quelques figurants exécutés dans les coins de l'écran. Un peu de "Naturalisme" que diantre! Montrez des femmes violées, des bébés balancés des balcons, des malheureux vieillards désossés par une foule en furie... C'est ça l'horreur de la guerre, c'est ça, le "déchainement de 10 ans de fureur accumulée soudainement libérée"... Mais non, tout reste très timide et très propret et n'a rien de plus bestial ni choquant que ce que fait Ulysse en rentrant chez lui en fait... Très ironique dans la mesure où il semble que le film ait été classé R aux USA... vous auriez pu vous lâcher un brin plus dans ces conditions non? Bref.

Et Pénélope?... Que dire sur Pénélope?... Bin pas grand chose en fait. Elle est censée tisser un linceul, mais elle sabote son propre travail pour ne jamais rien produire. On peut donc dire que les Pénélope semblent abonnées aux emplois fictifs.... Ahem, désolé...



Alors bon, je pense que je vais m'arrêter là. Je sais que j'aurais pu aborder les sujets qui fâchent comme le casting où le passage à la machine à laver Américano-Hollywoodienne des récits et mythes sacrés de l'Antiquité... Mais je suis moyen chaud pour crier avec les loups sur l'un comme sur l'autre en fait.

Pour ce qui est du casting, je rappellerais à toutes fins utiles que si certes, Hélène de Troie n'est pas spécialement supposée être black, Andromède, la femme de Persée, elle l'est belle et bien. Donc bon, ça va, on est pas non plus dans de l'aberration totale. On respire. On inspire par la bouche et on expire par... où on peut.

Quant à la question du respect du récit d'origine, étant donné que j'ai moi même écrit une oeuvre fictive qui pompe allègrement dans la mythologie Grecque, m'en servant comme d'un immense coffre à jouets, sans le moindre égard vis-à-vis du respect, ni du texte, ni de l'esprit et passant toute la culture hellénique à la moulinette des codes de la dark-fantasy moderne et du shonen-nekketsuesque nippon, j'aurais bien mauvaise grâce à m'insurger de récupération et des éventuelles trahisons Nolaniennes ici.



Bref, au final un film pas dégueux, bien au dessus de mes faibles attentes initiales, qui a quelques fulgurances très bien campées, certaines atmosphères et partis-pris intéressants, mais qui ne parvient jamais (loin s'en faut!) à atteindre le souffle épique qu'il entend déployer. Comme souvent avec Nolan, c'est pas dégueux, mais ça pète un brin plus haut que son cul quand même...

Broutchlague
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le 18 juil. 2026

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