Malgré des a priori initiaux face à ce qui s'annonçait comme une énième superproduction hollywoodienne gourmande en effets visuels, la relecture de L'Odyssée par Christopher Nolan s'avère être l'une des très belles surprises cinématographiques du moment. Mené d'une main de maître, ce long-métrage de près de trois heures réussit le tour de force de captiver de bout en bout sans jamais lasser, rappelant la nécessité absolue de découvrir de telles œuvres sur grand écran.
Le film brille d'abord par sa trajectoire narrative. Nolan s'empare des différents épisodes mythologiques du texte d'Homère avec une grande délectation, mais évite astucieusement le piège de la linéarité et de la surenchère d'action "bling-bling". Contre toute attente, Matt Damon livre une interprétation d'une grande justesse, incarnant un Ulysse humble et profondément humain. La réalisation, grandiose mais jamais pompeuse, s'attache à donner du sens à ce périple : les monstres, les tempêtes et les interventions divines y sont intelligemment traités comme les manifestations psychologiques de la culpabilité, de l'orgueil et des dilemmes moraux du héros.
Sous le vernis du grand spectacle et d'une esthétique visuelle irréprochable, soutenue par une bande-son d'une parfaite justesse, le scénario explore des thématiques d'une belle profondeur. Le film pose un regard lucide sur le traumatisme d'après-guerre, le poids écrasant des souvenirs et la complexité de retrouver sa place au sein des siens après une si longue absence. En signant un blockbuster à la fois spectaculaire, intime et centré sur l'humain, Nolan prouve qu'il reste l'un des cinéastes majeurs de notre époque. Une œuvre majeure à voir absolument.