Quand on pense aux grands cinéastes contemporains, le nom de Christopher Nolan vient forcément à l'esprit rapidement. Mémento. Tenet. Ses Batman. Inception. Dunkerque. Nolan s'essaie à un genre et le maîtrise au premier essai. Systématiquement. Des narrations éclatées chronologiquement et/ou narrativement, des personnages rongés par leurs démons internes, de la noirceur.
À cela s'ajoutent des castings toujours plus démentiels. Des budgets rendant le réalisateur tout puissant. Nolan a tellement bouleversé Hollywood que depuis quelques années, il l'incarne.
Du coup, en allant voir Odysseus, chacun se doute qu'il va se passer quelque chose. Nolan s'attaque au Péplum. Il doit y exceller, il ne peut en être autrement.
Alors il éclate la chronologie, en s'inspirant avec génie d’Homère. Les narrateurs s'alternent, se reprennent, se complètent. Ils emmènent le spectateur vers une narration de conteurs sans soute semblable à l'idée que Nolan se fait de la tradition orale antique.
Évidemment, le réalisateur à succès fonde son récit sur des structures émotionnelles et psychologiques fortes. Comme avec Batman, il drape le mythe de quêtes identitaires haut de gamme. La fuite de soi pour Ulysse. La soif de recanche pour Télémaque. Le coût de l'amour pour Pénéloppe.
Puis Nolan déroule. Des scènes époustouflantes s'enchaînent, notamment celles qui concernent les tempêtes, où le spectateur se retrouve totalement immergé dans l'image. Le parti pris de rendre Ulysse spectateur et presque victime de la prise de Troie nous emmène dans une lecture très personnelle de l'œuvre originale.
On remarque en revanche que les créatures maléfiques qui jalonnent les aventures d'Ulysse ne semblent pas importer autant pour Nolan que les sentiments, l'identité et les combats internes.
Le bas blesse sans doute dans cette Hollywoodisation du cinéma qui pousse Nolan a rendre "woke" son cinéma, quitte a travestir totalement les réalités identitaires supposées des héros d'Homere.
Le poids accordé au "superméchant" campé par Robert Pattinson affaiblit clairement le récit. Si l'ancien loup garou campe sans doute un de ses moins mauvais rôles, son combat final totalement opposé au mythe homérique ralentit inutilement le rythme du film.
Finalement, Odysseus figure dans les meilleurs films de l'année sans l'ombre d'un doute. Mais il ne figure sans doute pas dans les meilleurs films de la carrière de Christopher Nolan