L'Odyssée
7.3
L'Odyssée

Film de Christopher Nolan (2026)

Quand on pense aux grands cinéastes contemporains, le nom de Christopher Nolan vient forcément à l'esprit rapidement. Mémento. Tenet. Ses Batman. Inception. Dunkerque. Nolan s'essaie à un genre et le maîtrise au premier essai. Systématiquement. Des narrations éclatées chronologiquement et/ou narrativement, des personnages rongés par leurs démons internes, de la noirceur.

À cela s'ajoutent des castings toujours plus démentiels. Des budgets rendant le réalisateur tout puissant. Nolan a tellement bouleversé Hollywood que depuis quelques années, il l'incarne.

Du coup, en allant voir Odysseus, chacun se doute qu'il va se passer quelque chose. Nolan s'attaque au Péplum. Il doit y exceller, il ne peut en être autrement.

Alors il éclate la chronologie, en s'inspirant avec génie d’Homère. Les narrateurs s'alternent, se reprennent, se complètent. Ils emmènent le spectateur vers une narration de conteurs sans soute semblable à l'idée que Nolan se fait de la tradition orale antique.

Évidemment, le réalisateur à succès fonde son récit sur des structures émotionnelles et psychologiques fortes. Comme avec Batman, il drape le mythe de quêtes identitaires haut de gamme. La fuite de soi pour Ulysse. La soif de recanche pour Télémaque. Le coût de l'amour pour Pénéloppe.

Puis Nolan déroule. Des scènes époustouflantes s'enchaînent, notamment celles qui concernent les tempêtes, où le spectateur se retrouve totalement immergé dans l'image. Le parti pris de rendre Ulysse spectateur et presque victime de la prise de Troie nous emmène dans une lecture très personnelle de l'œuvre originale.

On remarque en revanche que les créatures maléfiques qui jalonnent les aventures d'Ulysse ne semblent pas importer autant pour Nolan que les sentiments, l'identité et les combats internes.

Le bas blesse sans doute dans cette Hollywoodisation du cinéma qui pousse Nolan a rendre "woke" son cinéma, quitte a travestir totalement les réalités identitaires supposées des héros d'Homere.

Le poids accordé au "superméchant" campé par Robert Pattinson affaiblit clairement le récit. Si l'ancien loup garou campe sans doute un de ses moins mauvais rôles, son combat final totalement opposé au mythe homérique ralentit inutilement le rythme du film.

Finalement, Odysseus figure dans les meilleurs films de l'année sans l'ombre d'un doute. Mais il ne figure sans doute pas dans les meilleurs films de la carrière de Christopher Nolan

DimitriBrulmans
8
Écrit par

Créée

le 19 juil. 2026

Critique lue 4 fois

DimitriBrulmans

Écrit par

Critique lue 4 fois

2

D'autres avis sur L'Odyssée

L'Odyssée

L'Odyssée

8

Kelemvor

le 15 juil. 2026

Suivre

Christopher Nolan a trouvé son Ithaque : le voyage impossible d’un cinéaste face aux dieux

Adapter L’Odyssée après plus de deux millénaires d’interprétations, de traductions et de détournements, c’est accepter de se mesurer à un récit qui appartient moins à son auteur qu’à la mémoire...

L'Odyssée

L'Odyssée

7

Sergent_Pepper

le 16 juil. 2026

Suivre

Du chant et des armes

Le parcours de Nolan est passionnant : c’est l’un des grands réalisateurs en activité, parmi les rares de cette génération à pouvoir déplacer les foules sur son seul nom. Après s’être illustré dans...

L'Odyssée

L'Odyssée

3

Plume231

le 16 juil. 2026

Suivre

Chante, déesse... une autre version !

Cela vaut le coup de tourner en Grèce, en Italie, en Écosse, en Islande et au Maroc, qui plus est avec un format IMAX, si c'est pour chier des images aussi attrayantes pour l'œil que des vues de...

Du même critique

Counterpart

Counterpart

9

DimitriBrulmans

le 11 sept. 2025

Suivre

Voyage vers un autre monde

En debarquant dans l'univers de cette série, j'avais quelques apriori. L'ambiance un peu vieillote, des acteurs que je ne connaissais pas ou peu, un vieux Berlin comme trame. Tout ça ne me disait...

Plaine Orientale

Plaine Orientale

8

DimitriBrulmans

le 2 avr. 2026

Suivre

Critique de Plaine Orientale par DimitriBrulmans

Sur papier, ça ressemble un peu à n'importe quel nanard français. Mais dès le premier épisode, une évidence s'impose: on se trouve face à quelque chose d'autre.D'abord, les acteurs sont vraiment...

Gangs of London

Gangs of London

4

DimitriBrulmans

le 1 avr. 2026

Suivre

Une violence Tarantinesque

Sur le papier, Gangs of London a tout pour séduire: un acteur phare, une thématique porteuse, mais très vite, on bascule vers une caricature de Tarantino avec des scènes d'ultra violences non...