La déjà multitude de commentaires, tantôt élogieux, tantôt désastreux, de L'odyssée plombe son appréciation. D'autant que, venant de Christopher Nolan, on ne pourra pas s'empêcher d'avoir à l'esprit le style du réalisateur, avec ses précédents films comme références. Hors justement, son style évolue. Sans revenir à celui des débuts, c'est moins boursoufflé et moins prétentieux que l'époque de Inception à Tenet. Sans être linéaire, l'histoire est fluide, dépourvue de son souci obsessionnel de montrer sa virtuosité. Et cette simplicité rend paradoxalement son projet d'autant plus virtuose.
C'est une méga production, mais pourtant, on ne peut pas s'empêcher de noter la relative sobriété de l'ensemble. Calypso ne retient pas Ulysse dans une grotte luxuriante ou dans un palais, mais lui tient simplement compagnie sur une plage. Scylla est bel et bien indéfinissable, loin du dragon au regard méchant de l'iconographie hollywoodienne. Et ainsi de suite... Le film mise simplement sur l'essentiel pour restituer une version crédible du texte.
On pourra toujours débattre de ce casting à l'image du melting pot US, assez peu cohérent pour une représentation de la Grèce antique. Ou rigoler de l'usage de l'anglais comme langue de narration. Mais ça n'empêche pas le spectacle, grandiose ; la multiplication de scènes d'anthologie, de la rencontre avec Tirésias aux enfers, au piège de Charybde et Scylla ; et quantité de trouvailles visuelles et de plans incroyables. Qui font que L'odyssée a enfin une adaptation ciné digne de ce nom, et que le film fait d'emblée figure de classique instantané.