Je commencerai cette critique par une parenthèse sur mon expérience IMAX 70mm. Et bien il n'y a pas de quoi crier au mépris de classe, puisque l'IMAX numérique offre selon moi une image de meilleure qualité. Certes, l'image en 70mm est immense, vraiment. Mais le défilement de la pellicule crée une sorte de voile noir, très visible notamment sur les scènes blanches, que j'ai trouvé gênant. Les sous-titres nécessitent un second projecteur qui crée des carrés de lumière en bas de l'image en projetant les textes. L'image contient des défauts, des points noirs, parfois même des traits blancs sur toute la longueur de l'image. Bref, c'est spectaculaire mais ça n'est pas indispensable, ni le format idéal pour un film.
J'ai mis du temps à rentrer dans ce film. On commence par une longue partie clippée qui transpire le "pour que le film ne dure pas 8 heures". J'ai horreur de ce genre de montage, qui sans doute ici est contraint d'exister. On balaie tout, j'ai l'impression de regarder une bande-annonce ou un clip puisque le principe est de lier pleins de scènes rapides par une musique pour établir un contexte. C'est ce que j'avais d'ailleurs détesté sur Une bataille après l'autre de Paul Thomas Anderson. Mais comme ce dernier, L'Odyssée finit par recoller les morceaux et à partir d'un moment de bascule, le génie prend place. Le film devient génial, puis excellent, puis extraordinaire, puis gargantuesque, puis stratosphérique jusqu'au générique qui nous laisse redescendre de notre jouissance de cinéma. PS: dommage cette musique moderne de Travis Scott après un tel final.
Le film n'est pas ce qu'on attend. On s'attend à vivre un voyage, une épopée, mais le film est construit autrement. Pourquoi ? Parce qu'on est chez Nolan. Et chez Nolan, le montage fait des aller-retour dans la chronologie. Beaucoup ont du mal avec sa façon de narrer le récit, mais ici c'est clairement adapté. Le but est de construire une vengeance, mais Nolan utilise l'histoire d'Ulysse pour développer un propos. L'Odyssée représente le passage à une nouvelle ère de l'histoire humaine. À la manière d'Oppenheimer, on finit par se prendre une claque sur notre nature.
Les images ne m'ont pas particulièrement marquées globalement. Je ne trouve pas ça particulièrement sublime, bien qu'on retient quelques plans très réussis comme l'ouverture des portes de Troie découvrant l'armure d'Agamemnon. La grotte du cyclope n'est pas impressionnante (tout comme sa séquence qui ne porte que peu d'intérêt et que je trouve ratée). Pour autant, ça fonctionne terriblement bien grâce au sens du spectacle de Nolan, d'une belle musique originale, des performances d'acteurs impeccables...
Matt Damon sait parfaitement jouer ce genre de rôle.
Tout comme Robert Pattinson.
Tom Holland surprend, pas toujours juste mais me tire une larme.
Anne Hathaway est divine.
Ainsi que le reste de ce casting qui honore bien les personnages.
Je finirai en dévoilant non pas l'histoire (scoop c'est l'Odyssée), mais la lecture finale de cette œuvre, dont j'ai adoré le mélange avec la virtuosité spectaculaire de Nolan.
Lorsqu'il rencontre Circé, Ulysse lui demande pourquoi elle a changé ses hommes en porc. Elle lui répond alors : "je ne les ai pas changé, ce sont des porcs !". C'est pourquoi de façon très maline, quand Ménélas raconte à Télémaque la brillante idée du cheval de Troie de son père, le montage coupe à l'ouverture des portes de la cité. Il finit : "tu connais la suite" et le film passe à autre chose. Mais finalement, Ulysse infiltré en mendiant aux pieds de sa femme nous raconte la suite qu'en vérité, on ne connaît pas. Des hommes, affamés de 10 ans de rage, de haine, de frustration, succombant à tous les vices en pénétrant la cité de la civilisation, de la croyance, de l'élévation. Un venin s'infiltre au sein des vertus. On pille, on viole, on massacre. On coupe la tête d'Athéna. Le film se clôture sur le cheval de Troie, la représentation de cette idée d'un seul homme qui détruisit l'humanité.