Le film a énormément de qualités, mais il souffre aussi de plusieurs défauts qui m'ont empêché d'être totalement embarqué
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Le principal problème, c'est la fin. J'ai trouvé la scène du massacre assez décevante. Déjà, les combats ne sont pas très bien chorégraphiés : j'ai mal compris la spatialisation des lieux, je ne savais pas vraiment comment Ulysse récupère autant de flèches ou des haches alors que les autres n'y parviennent pas, et les indications de Pattinson du type « Prenez les haches ! », « Prenez les boucliers ! » finissent même par devenir un peu risibles.
(PS : Au deuxième visionnage, la scène de combat final m'a paru beaucoup plus cohérente. La spatialisation, ainsi que la répartition des flèches et des haches, sont en fait tout à fait logiques. Ma note passe donc de 6,5 à 7,25)
Par moments, je me serais cru dans un mauvais film de Jason Statham (mais bon, Nolan n'a jamais vraiment excellé dans les scènes de baston).
(PS : Là aussi, après ce deuxième visionnage, je trouve finalement que j'ai été un peu dur ; cette scène de combat est finalement beaucoup mieux passée)
Mais ce qui me dérange le plus, c’est vraiment le fond de la séquence du massacre final.
Juste avant, Nolan insiste beaucoup sur la culpabilité d’Ulysse. Il est hanté par la guerre de Troie et surtout par le fait d’avoir lui-même commis, en quelque sorte, le « péché originel » : trahir la loi sacrée de Zeus, celle de l’hospitalité.
C’est d’ailleurs l’une des raisons pour lesquelles il hésite à rentrer chez lui : il estime avoir participé à la destruction du monde grec en bafouant cette valeur fondamentale.
Or, quelques minutes plus tard, il massacre pratiquement tous les prétendants sans que cette bascule soit vraiment préparée.
Bien sûr, certains méritent clairement leur sort : ceux qui ont humilié sa famille, pillé son palais pendant des années et surtout ceux qui ont comploté pour assassiner Télémaque.
Mais les autres ? Beaucoup pensent simplement qu’Ulysse est mort et cherchent à épouser Pénélope, ce qui reste assez logique dans leur monde. D’autant plus qu’Ulysse lui-même lui avait demandé de se remarier s’il ne revenait pas, et que cela fait déjà trois ans que les prétendants attendent qu’elle en choisisse un.
Il y a aussi un autre élément qui me gêne : lorsque Ulysse, déguisé en mendiant, rencontre Télémaque pour la première fois, il lui demande en gros s’il reste beaucoup de fidèles. Télémaque lui répond qu’il en reste quelques-uns, mais que beaucoup se rallieront à lui lorsqu’ils verront qu’il est réellement revenu.
Donc, avec tout ça en tête, et surtout avec la culpabilité qu’Ulysse porte lui-même pour avoir bafoué la loi de Zeus, je trouve étrange qu’il verrouille ensuite les portes et dézingue presque tout ce qui bouge.
Je comprends que Nolan veuille rester fidèle à Homère sur le principe du massacre, même s’il prend évidemment certaines libertés par rapport aux chants originaux. Mais puisque son adaptation insiste autant sur le poids des fautes d’Ulysse, il aurait été plus cohérent de montrer qu’il en a tiré quelque chose.
Il aurait pu, par exemple, demander d’abord qui était prêt à reconnaître son retour et à se rallier à lui, puis ne tuer que ceux qui avaient réellement commis des actes impardonnables ou qui continuaient à vouloir sa mort.
Dans le film, il épargne seulement ceux qui finissent par s’agenouiller, mais à ce moment-là, beaucoup de ceux qui auraient pu le faire ont peut-être déjà été massacrés.
À l’inverse, si Nolan voulait assumer qu’Ulysse redevient totalement impitoyable, il aurait fallu construire beaucoup plus solidement cette rechute et montrer ce qui le pousse à abandonner toute compassion.
Il y avait même une troisième possibilité : faire de ce massacre l’ultime conséquence de son incapacité à sortir du cycle de violence, par exemple en faisant mourir Ulysse dans la bataille ou en le poussant au suicide à la fin. Là, son retour à la brutalité aurait eu une véritable portée tragique.
En l’état, j’ai trouvé cette bascule trop brutale et surtout contradictoire avec le cheminement psychologique construit autour du personnage.
À un autre moment du film, j'ai aussi été déçu par la tempête. Elle manque d'ampleur et donne parfois l'impression d'une scène tournée en studio : un décor étriqué, quelques vagues, des seaux d'eau projetés sur les acteurs et quelques éclairs. Pour un épisode aussi mythique, censé représenter la colère de Poséidon, j'attendais quelque chose de beaucoup plus impressionnant.
D'une manière générale, tout ce qui fait la spécificité de Nolan se retrouve ici : tout est volontairement ramené à une échelle plus réaliste. Le tourbillon, Scylla, les arbres mouvants... tout paraît plus terre à terre et moins spectaculaire que ce que le mythe pourrait permettre. Ce n'est pas un défaut ; au contraire, cette approche rend les événements plus crédibles et renforce la dimension psychologique du récit. Je me suis senti assez proche de ce que vivent les personnages. En revanche, j'aurais aimé que Nolan s'autorise, à quelques reprises, un peu plus de souffle et de démesure, notamment lors de la tempête.
J'ai apprécié la prise de risque de la musique, qui ne cherche pas à imposer un grand thème héroïque mais accompagne davantage les émotions et le voyage intérieur d'Ulysse. Les séquences avec Circé, Calypso et la descente aux Enfers font, pour moi, partie des meilleurs moments du film.
J'ai également beaucoup aimé le twist autour d'Athéna et la manière dont Nolan justifie son apparence. J'ai trouvé cette idée très intelligente et parfaitement intégrée à sa vision plus psychologique du récit.
Au final, c'est un film ambitieux, intelligent et rempli de très bonnes idées, mais dont le dernier acte, et plus particulièrement la scène du massacre et ce qu'elle signifie, m'a malheureusement laissé sur ma faim.