2ème film de Nolan pour le studio Universal, dont les dirigeants financent des politiciens américains aux programmes xénophobes et LGBTphobes. Nolan en profite pour abandonner son cinéma conceptuel (message déjà envoyé avec le lénifiant et problématique Dunkirk), direction les pantoufles d'un cinéma de genre, traditionnaliste, qui ne cherche même pas à dissimuler toute sa crasse archaïque, mais au contraire l'exhibe éhontément aux pauvres yeux d'un monde ô combien souffrant.
Après le biopic nationaliste Oppenheimer, intrinsèquement raciste et misogyne, il choisit ici d'adapter sur ce même ton un poème épique antique sans prendre la peine de le transposer vers une modernité (James Joyce, pourtant...), ce qui envoie déjà un signe limpide de passéisme et de pensée conservatrice. Pour arriver à ses fins capitalistiques, il a tourné notamment dans la région sud du Sahara menacée d'annexion par le gouvernement marocain. Nolan se contrefout des populations, dans ses films comme dans la vraie vie - son obsession pour l'IMAX traduit un mépris de classe simple et net.
En s'appropriant le poème épique, il se fait sagement adepte du principe d'épopée : conter l'histoire grandiose d'un héros. Nolan croit en l'aristocratie - au sens étymologique du terme, le pouvoir aux plus puissants -, ainsi qu'à sa déclinaison contemporaine de méritocratie, et il tient apparemment à le faire savoir. Il ne cherche jamais à prendre du recul sur le contexte d'écriture du texte originel, le colonialisme de l'empire romain qui n'en avait jamais assez, au point d'aller envahir le Moyen-Orient, dont l'actuelle Turquie où se trouvait Troie - provoquant aussi la première grande diasporah juive.
Et en choisissant le péplum, Nolan s'embarque tête la première dans ce genre déviant : le péplum est le seul genre à tenir son nom d'un vêtement, en l'occurrence un voile porté par des femmes, pour les sexualiser évidemment. Tout un programme, en somme, bourré d'une éducation impérialiste bien intégrée et jamais interrogée.
- "Look at them. This is what they are."
Dès le début, Nolan pose sa pensée extrême-droitiste : le noir est le saltimbanque, le bouffon, et l'acteur transgenre celui à abattre (est-ce que Elliot Page a signé avant de lire le scénar' ?!?). Puis les soldats, par définition nobles dans la société de l'époque, dominants, commandent à une foule de prolos de sortir le gros dada en bois de l'eau : en glissant, le cheval vient cacher les prolos en train d'en chier, les balayant hors-champ à l'intérieur du cadre. Message clair. De même que la 1ère apparition de Pénélope se fait de l'autre côté d'une grille (spoiler : les retrouvailles maritales Odysseus et Pénélope se font aussi au travers d'une grille... du côté du mari). L'épouse ne servira de tout le film qu'à pleurnicher son mari et se faire rabaisser par son fils - quand bien même l'absence de son mari roi la laisse aux commandes politiques, Nolan ne la montre jamais en train de faire des "trucs de mec". Idem pour Hélène et sa soeur jumelle - no comment, c'est pitoyable. Je trouve d'ailleurs intéressant que les seules séquences de sympathie et d'affection que Nolan ait choisi de développer soient pour des chiens. Ça confirme ce qui suintait déjà de son cinéma : sa misogynie, totale et sans concession.
Du côté de Odysseus, cela se traduit par une figurine de Pénélope, ainsi parfaitement réduite et objectifiée, puis par une de ses répliques affirmant qu'il en a rien à carrer de sa femme. Très chic.
Quant aux étrangers, ce sont évidemment des monstres dont il faut se défendre, le cyclope reprenant ce mythe excécrable du sauvage cannibal, ou des femmes sorcières tentatrices. À ce sujet, Calipso repompe incroyablement le perso de Cotillard dans Inception, en plus perverse encore.
Le projet de Nolan avec ce bousin hors de prix est de faire un drame shakespearien autour des atermoiements absolument nombrilistes d'un chef d'armée, du genre qui prend les décisions "difficiles mais nécessaires" - comprendre un cønnard autoritaire. Du coup, c'est que du blabla interminable, pendant lequel les plans ne sont composés que autour des sujets à regarder, évidemment cadrés au centre.
Adieu le Nolan qui mariait scénographie et dialectique esthétique, aucun doute là-dessus.
D'ailleurs, il ne fait plus que des plans d'ensemble pour faire cartes postales, tout le reste est rapproché, finissant je trouve par nier les décors - totalement inintéressants, au demeurant.
Et le montage illustre bêtement la parole : quelqu'un raconte une anecdote, Nolan l'illustre en la reconstituant. Un peu trop 1er degré. Je trouve ça immensément barbant.
- "Perhaps you've heard of Helen?"
Pour "bien faire" son nouveau cinéma réactionnaire, Nolan pousse à fond les potards du "grand spectacle" : la musique est omniprésente, avec 2 grands objectifs, faire patienter pendant du blabla, en commandant au public comment se sentir (triste, tendu, endormi), et participer aux séquences de show son et lumière. La musique dans son cinéma est devenue du bruit, assourdissant, parce que Nolan est devenu un sophiste. Il parle fort non seulement parce qu'il est convaincu de ses vérités qu'il assène sans vergogne, mais aussi pour assommer son audience, saturer ses sens pour l'empêcher de penser. Ça m'est insupportable.
Nolan est mort, cinématographiquement. "Vive Nolan", j'entends beaucoup crier. En ce qui me concerne, je préfère m'en détourner et le laisser patauger dans sa fange comme un gros bébé dans un corps de retraité.