L'avantage, pour Nolan, de faire une adaptation d'une liste de chants vieille de 2 700 ans, c'est qu'il dispose d'une grande liberté quant à ce qu'il peut en faire. On peut s'interroger sur cette adaptation « faussement fidèle », qui oscille entre une approche très proche du mythe et de grosses libertés scénaristiques, mais, au final, la question est de savoir si l'histoire convainc.
Esthétiquement, je suis assez partagé : les armures des Troyens sont dégueulasses. On a l’impression de voir des armures en mousse achetées dans une boutique Disneyland. Le cyclope, les Cicones, Scylla : autant de créatures mythiques moches ; c’est bien dommage. La transformation des hommes en porcs restant l'apothéose du mauvais goût. Pour le reste, ce n’est pas toujours heureux, mais « ça passe ».
Dans la construction du récit, forcément, on doit beaucoup couper par rapport au mythe d’origine ; je regrette personnellement la disparition totale des dieux. J’aurais aimé une mise en images bien plus proche de l’esprit d’origine, plus homérique, plus colorée, mais ce n’est pas ce qui intéresse Nolan. Il raconte son histoire sur fond d’Odyssée ; il ne cherche pas à faire une adaptation fidèle. On est plus proche d’un regard porté sur les États-Unis d’aujourd’hui. C’est son droit le plus strict ; cela donne un film pas catastrophique, assez propre, mais pas inoubliable.
Sur la polémique autour du casting : Lupita Nyong'o en Hélène de Troie, Elliot Page en Sinon, deux rôles très mineurs, ou encore un équipage d’Ulysse pas très « Grèce antique authentique ». Autant de choix de distribution qui traduisent probablement davantage une volonté de montrer une certaine vision des États-Unis que de coller à la Grèce antique. Il est amusant de noter que Matt Damon et sa gueule de Germain n’ont, eux non plus, pas grand-chose à faire dans la Grèce hellénique et que, si l’on peut regretter des choix forcément polémiques dans nos sociétés très polarisées, il ne s’agit pas pour autant de wokisme terminal venu des enfers.