À Ithaque, Pénélope et son fils Télémaque attendent impatiemment le retour d’Ulysse, parti combattre il y a plus de vingt ans. L’épouse fidèle et le trône laissé vacant attisent les convoitises les plus viles. Quant au général en chef, retenu sur une île par les amours de Calypso, il cherche dans ses souvenirs le chemin de la maison.
Ulysse revient, et c’est un événement ! Il était pourtant déjà là il y a deux ans, sous les traits marquants de Ralph Fiennes, dans les bras pleins d’espoir de Juliette Binoche. Le film d’Uberto Pasolini n’intéressa pourtant personne, car non signé de Christopher Nolan. Tandis que Steven Spielberg se perd dans son obsession extraterrestre, que James Cameron se brûle au feu de Pandora et que Peter Jackson se terre on ne sait où, le Britannique est aujourd’hui couronné meilleur conteur d’histoires. Qu’il parle de physique nucléaire, de trou de ver ou de distorsions temporelles, il le fait avec intelligence, mêlant audace et ambition à une technologie efficace et un portefeuille bien garni.
Son odyssée aux récits enchâssés est un périple engageant de près de trois heures, où l’image, loin du fond vert irregardable, devient intense. Les paysages naturels piochés dans huit pays différents, dont la Grèce évidemment, subjuguent sans jamais se réduire à de simples cartes postales.
Et c’est avec envie que l’on redécouvre les chapitres de cette mythologie fondatrice. Si Agamemnon, colosse désincarné et sans visage, les sirènes et le monstre Scylla, à peine visibles, peuvent décevoir, le cyclope, lui, en impose. Dans une séquence horrifique, ce Gollum géant à l’œil de travers croque les Grecs comme des souvláki crus. Pour la première fois cambré, le cheval de Troie a également fière allure, jusqu’à ce que soit décrit l’inconfort que sa stature imposait à ceux qui s’y cachaient. Enfin, Circé, emportée par la vague #MeToo, n’hésite pas à balancer ses porcs en modelant le visage du mâle. Contemporaine, l’épopée de Nolan évoque aussi les ravages de la guerre, l’accueil de l’étranger et la place des femmes.
Dans ce monde où la magie n’est qu’apparente, le merveilleux est ancré dans une perspective humaine. Le tourbillon des stars échappe même à l’idolâtrie. Il a beau convoquer Spider‑Man, Batman, Furiosa ou Catwoman, peu maquillées, les étoiles superhéroïques redescendent sur terre. Seul le rôle de la divine Zendaya, personnification d’Athéna, paraît inutile, voire incongru. Sans avoir besoin d’être représentés, les autres dieux punissent Ulysse le rusé pour les avoir offensés et le ramènent à sa condition d’homme afin qu’il puisse retourner chez lui sain et sauf. La force de la nature – soleil brûlant, ciel orageux ou mer déchaînée – suffit à retrouver la foi.
Au final, heureux qui, comme Ulysse, a fait ce beau voyage.
(7.5/10)
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