Après Oppenheimer, Nolan s'attaque à L'Odyssée, un gros morceau dont la bande-annonce m'avait laissé sceptique de par ses visuels principalement.
C'est assez étonnant pour un film totalement filmé en caméra IMAX, toute la com repose sur cet élément avec le fameux « As Nolan intended », si bien que j'ai galéré à trouver des places pour le voir en IMAX sur Paris, toutes les séances étaient complètes partout, j'ai jamais vu ça.
L'Odyssée, c'est un gros morceau, une œuvre immense que tout le monde connaît ne serait-ce que de nom, et s'y atteler est un sacré défi.
Un défi relevé haut la main ? Pas si sûr après ce visionnage.
J'ai dans l'ensemble apprécié le film, mais il souffre de beaucoup de lacunes sur certains points, en commençant par ce que je craignais, les visuels. Qu'on soit d'accord, le film n'est pas moche, mais il y a un gros manque de « folie », avec une colorimétrie coucher de soleil omniprésente qui a fini par me lasser sur la durée. Dans l'œuvre de Nolan, à quelques exceptions près, il y a toujours un ou quelques plans qu'on retient dans ses films. Ici, il n'y a, je trouve, aucun plan qui me restera en tête.
Toujours dans ce manque de folie, c'est le traitement très réaliste/terre à terre qui m'a un peu déçu. C'est pas du tout étonnant venant d'un Nolan obsédé par le réalisme dans ses films, mais je trouve qu'ici c'est dommage, L'Odyssée est riche en récits mythologiques avec des créatures qui n'existent pas, le traitement qu'il en fait rend le film assez fade et sans direction artistique marquée.
Si on rajoute à ça des personnages secondaires assez peu développés, j'aurais aimé en voir plus sur Pénélope par exemple. J'ai d'ailleurs toujours un souci avec Tom Holland qui joue toujours aussi mal, avec une palette d'émotions toujours très réduite. Peut-être qu'un jour il me surprendra, mais j'y crois de moins en moins. Alors que de son côté Pattinson ne cesse de m'impressionner. Il faudra juste calmer les gens qui font des edits TikTok sur Agamemnon, on le voit littéralement 3 min dans le film, et c'est une merde humaine.
Fort heureusement, il n'y a pas que du mauvais, en commençant par ce qui m'a le plus ravi, à savoir la musique. Je comprends tellement le choix de Nolan de préférer Ludwig Göransson à un Zimmer en perte d'inspiration depuis quelques temps déjà. Göransson a ce don d'innover dans chacune de ses compositions (bon après, pour Sinners, l'Oscar était abusé par contre). Il nous propose ici une approche très personnelle, proche du personnage d'Ulysse, en évitant une compo orchestrale et en utilisant plus d'instruments à vent par exemple. Rien que le morceau Sirens est d'une beauté folle, et surtout son utilisation. Il intervient quand Ulysse et son équipage entrent dans une zone peuplée par les sirènes. Il qualifiera leurs chants de quelque chose qui rappelle ce que l'on veut le plus, et également de ce qui s'est déjà produit mais qu'on voudrait qu'il n'ait jamais existé. C'est un thème qui est repris vers la fin du film lorsque Ulysse retourne chez lui et retrouve sa femme Pénélope (ce qu'il veut le plus) et qu'il lui raconte ses souvenirs de la guerre de Troie (ce qu'il voudrait que ça n'ait jamais eu lieu). C'est tout bête mais super efficace.
Beaucoup aimé la scène sur la plage des morts, l'ambiance funèbre qui y règne, ses réminiscences du passé avec Elliot Page très convaincant (les fachos qui se plaignent de sa présence, allez vous faire foutre).
J'ai apprécié le rythme du film qui ne s'arrête jamais tout en ayant des moments de calme. Les 2h53 passent à une vitesse folle, c'est un fait.
Malgré ses nombreux défauts, ce film reste intéressant sur beaucoup d'aspects, et je le reverrai à sa sortie en Blu-ray 4K pour m'en faire un avis plus précis.