Donnez un Kidizoom à un enfant, il créera de l’émotion. Donnez de l’Imax à Nolan, il vous fera une œuvre inerte de tout plaisir esthétique.
L’image est, il est vrai, assez belle. Cette recherche de la lumière naturelle rend ce voyage immersif, notamment les périodes navales.
Mais le premier problème arrive déjà. Le format d’image. On sent parfois que les personnages devraient être noyés dans l’environnement. Plus de vide devrait être montré à l’écran. Mais l’inaccessibilité de l’Imax oblige, l’on se retrouve resserré aux personnages à des moments inopportuns. Les exemples les plus frappants sont les plans reprenant le navire noyé dans la mer environnante, ou des moments sur l’île de Calypso.
Second souci, le rythme. Le refus d’arbitrer entre les différentes escales couplé à une volonté de contextualiser constamment ce récit dans la dense histoire troyenne rend la première moitié de l’œuvre bâclée. Pourquoi, après avoir tourné un film pensé pour 41 salles dans le monde, avoir encore des remords sociaux à raconter l’Iliade ? N’aurait-il pas pu être méprisant jusqu’au bout ? Cette première partie subit donc un rythme rapide projeté vers l’avant. Cela vient donner une impression d’accumulation d’événements mis pour respecter l’histoire plutôt qu’une création originale. C’est ainsi que l’un des moments charnières, le huis clos de Polyphème, se retrouve expédié et exempt de toute pression, pourtant caractéristique de ce moment.
Troisième souci, les acteurs. Pur délit de faciès, mais Matt Damon fait bien trop américain pour jouer le plus rusé des hommes. Il joue pourtant, ici, assez bien le doute. Ce doute, élément central de l’œuvre, est ce qui retient réellement Ulysse. La mise à sac d’une civilisation pour les intérêts d’Agamemnon le rend totalement désillusionné. Va-t-il pour autant retenir ses hommes lors des nombreux pillages sur la route du retour ? Tom Holland est aussi à blâmer. Privé de son collant serré et du thème de l’amitié, il se retrouve en peine de transmettre des émotions. Les apartés sur Ithaque sont pourtant les plus intéressants, portés finalement par Anne Hathaway et Pattinson.
De plus, ce film est encore une démonstration du refus de montrer les dieux dans les histoires antiques. Ce sont pourtant eux les principaux responsables, du départ d’Hélène au retour de l’ensemble des protagonistes.
Bref, un film très ambitieux mais pourtant bien moyen.