Investigation éclair chez les prolétaires à 3 de tension

Le rappel de l'Holodomor étant de saison ce film n'a rien de courageux et comme il est partisan et un brin manichéen (même s'il l'est de façon moins criante que l'écrasante majorité), l'estimer véridique serait cavalier. Par contre il est très bon comme pseudo-expérience de confrontation au Mal ordinaire et rendu à l'échelle systémique. On voit ce génocide essentiellement 'passif' en touriste dépassé, où ce dîner des enfants si écœurant n'est que l'anecdote la plus affreuse.


Le film accrédite lui-même de façon passive la lecture de cette famine comme une résultante politique, laissant l'historiographie courante [et anti-soviétique] balayer toute prudence et décréter qu'il s'agissait bien d'un génocide [intentionnel] – or il semble qu'un concours de circonstances naturelles et géopolitiques explique ces millions de morts (et la volonté de sauver la face de la part de l'administration stalinienne – le résultat n'est pas moins mesquin mais c'est l'incompétence et une hiérarchie malsaine des priorités ne sont pas la même chose qu'une condamnation à mort impérative - bien sûr d'un point de vue 'humain' c'est de la finasserie malvenue). De même la dénonciation du prix reçu par Duranty participe indirectement à un travail qualifiable de 'stalinien' en apportant son poids dans la balance de ceux qui souhaitent corriger l'Histoire en exerçant une justice à distance, en la tronquant puis au bout de quelques décennies, l'âge des témoins aidants, en l'effaçant. C'est encore plus ironique puisqu'il y a ces rapprochements avec Orwell, plaçant le niveau à hauteur d'ignares.


Le film flirte alors avec le travers qu'il met beaucoup de talent (et peu d'originalité) à représenter, soit la confection d'une histoire officielle et de justifications 'bien-pensantes' pour les hommes et les régimes établis. Et quand vient le moment de conclure et légitimer le passage à la postérité de Gareth Jones, il se fait ronflant et romantique, avec cette intrusion au château digne d'un éruption de Sophie Marceau [L'étudiante]. Mais malgré ce héros positif (sur-valorisé par le contraste avec son alter ego pourri Sarsgaard/Duranty) et ces arrangements nous rappelant que nous sommes dans une salle et loin de la réalité, ce film est dans la bonne voie, celle du déniaisage. Car au-delà de son affaire locale, où il peut toujours être discuté et re-pesé, il a une valeur plus absolue en montrant le mélange des mondes politiques – du matériel et des 'armatures' idéologiques ; il n'en reste pas à épingler des idéologies ou à montrer leur supposées trahisons (comme s'il y avait l'Idéal et son avènement prochain – puis les déviants et les opportunistes pour l'entraver et le salir). Ainsi on assiste finalement à la reconnaissance de l'URSS par des grands capitalistes/banquiers ; la complaisance de ce milieu à l'égard d'Hitler n'est pas évoquée, mais après tout ce cas-là est déjà suffisamment chargé, ce n'est pas avec un tel trou noir qu'on éclaire la conscience.


Il faudrait aller un peu plus loin pour apprécier la portée de ce cynisme mais c'est au public plutôt qu'au film de le faire (il risquerait le ridicule et l'abaissement). L'establishment 'libéral' plus-que-courtois avec les nouveaux régimes autoritaires tenus comme de nécessaires partenaires pourrait être mis en parallèle avec le paysage actuel ; en se ramassant sur la dénonciation des 'populistes' et des 'néo-fascistes' de l'axe Trump/Orban – ou en s'intéressant à d'autres plus menaçants [nos principaux fournisseurs], envers lesquels nos décideurs réels ou assermentés sont si tendres (car en-dehors de la gestion des ressources et de l'entretien du bétail il n'y a en politique, du moins internationale, que de la praline). Comme quoi même des nations ou gouvernements 'impérialistes' peuvent se montrer faibles quand c'est rentable – ou que leurs ouailles sont trop impliquées pour oser le moindre pas de côté. Il y a là un cynisme politique dont l'indolence générale et la lâcheté [celle de ce groupe d'enfants, ou de ces 'hollandistes-révolutionnaires' à tous les étages du découpage social] sont les meilleure alliées.


https://zogarok.wordpress.com/2020/08/07/mr-jones-lombre-de-staline/

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le 7 août 2020

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Zogarok

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