La maîtrise tonale de « Hit Man », et encore moins celle de « Kind Hearts and Coronets », manque à L'Ultime Héritier, un quasi-remake décevant et étonnamment plat, qui n’a ni la farce mordante ni l’obscurité glaçante nécessaires pour être à la hauteur de ses ambitions de comédie noire.
Les dualités du matériau piègent Ford entre les continents, sans parler des genres et des tons.
Des mises à jour conviennent à certaines histoires. Pas à celle-ci, cependant. Déplacer l’action dans un décor urbain contemporain revient à chausser une fée de bottes en ciment.
Le film souffre de deux faux pas malheureux, dont le premier saute aux yeux dès le début et ne fait qu’empirer à mesure que le film s’étire.
Au centre de tout cela, il y a Powell, qui fait la même tête pendant une heure quarante-cinq, trop impassible pour qu’on le soutienne, trop suffisant pour aimanter en American Psycho inhumain. Et L'Ultime Héritier devait choisir son camp : soit la comédie de classe clownesque, soit la satire sociopathe amère.
Si L'Ultime Héritier avait conservé ce ton la désinvolture caractéristique de Powell, avec une pointe de tranchant le film aurait peut-être mieux fonctionné. À la place, Becket est un protagoniste curieusement inintéressant dont la descente dans le meurtre en série se fait mollement.
Qualley apporte l’énergie sulfureuse et sexy requise, mais Julia est si peu écrite que l’actrice en fait une parodie involontaire d’un personnage familier. La représentation lisse de Beckett par Powell est également décevante.
Sachant de quoi Powell est capable, il n’est pas déraisonnable d’aborder ce film en s’attendant à une récompense plus conséquente.
L’histoire et les acteurs font de L'Ultime Héritier un film qu’on suit facilement en se laissant porter, même s’il ne parvient jamais à trouver une cohérence tonale, logique ou, à vrai dire, de quelque manière que ce soit.
Powell, grâce à son charme, ainsi qu’à quelques intérieurs de riches amusants (il y a une bibliothèque vers la fin qui livre une performance remarquable), fait beaucoup pour amener « L'Ultime Héritier » jusqu’à la ligne d’arrivée. Mais vous pourriez bien perdre intérêt, comme moi, avant que le compte à rebours des meurtres ne s’achève ; celui-ci ressemble davantage à une ébauche qu’à un film réellement bien pensé.
L'Ultime Héritier fait un effort timide pour nous surprendre et peut-être nous déranger avec quelques développements tardifs, mais à ce stade nous avons été anesthésiés par le film, coupable du crime impardonnable d’être ennuyeux.
À défaut d’autre chose, L'Ultime Héritier est une leçon accablante sur l’importance d’engager la bonne personne pour sauver votre film.
Au final, L'Ultime Héritier n’a pas le courage de ses convictions, ni même de ses meurtres, ce qui lui donne une fadeur surprenante de la part du scénariste-réalisateur du bien plus incisif Emily the Criminal, un thriller aux thèmes similaires et aux teintes sombres dans lequel sa star Aubrey Plaza faisait preuve d’une intrépidité qui fait cruellement défaut ici.