L’ascension sans sueur d’un thriller en roue libre.

  • ​Il y a de ces séances de matinée au Pathé d'Évreux où l’on entre l’esprit léger, porté par une simple curiosité, pour en ressortir avec l'amertume d'un rendez-vous manqué. L’Ultime Héritier appartient à cette catégorie de projets qui, après un premier acte prometteur, s’embourbent dans une déchéance narrative aussi rapide qu’inexplicable.
  • ​Le film de genre, lorsqu’il s’attaque à la lutte des classes, exige une certaine radicalité. On nous promettait la trajectoire d’un paria, un héritier déchu rejeté avec sa mère dans la précarité la plus totale. On attendait de la sueur, de la rancœur, le portrait d’une galère sociale qui justifierait la fureur à venir. Hélas, le scénario préfère la facilité d’une ascension artificielle. Le protagoniste réintègre l’opulence familiale avec une aisance déconcertante, anesthésiant ainsi tout l'enjeu dramatique. Le film dégringole dès lors qu'il refuse de filmer la douleur de celui qui a tout perdu.
  • ​À cette anémie scénaristique s’ajoute une direction d’acteurs pour le moins erratique. Glen Powell, qu’on a connu plus électrique, livre une prestation étrangement atone, presque en pilotage automatique.
  • Le véritable scandale réside pourtant dans le traitement de la distribution secondaire : la grande majorité des personnages sont sous-exploités, réduits à des fonctions de simples utilités narratives. Dans ce désert, on ne peut que saluer la résilience de Margaret Qualley, véritable colonne vertébrale du récit, qui insuffle une intensité rare à chacune de ses scènes.
  • Un bon point également pour l'immense Ed Harris qui, malgré un temps d'écran réduit à la portion congrue, impose une présence magnétique et un poids dramatique que le reste du casting masculin semble incapable d'atteindre. Son sous-emploi est le symbole même de ce gâchis.
  • ​Visuellement, le constat n’est guère plus reluisant. La réalisation se montre d'une sagesse désolante, incapable d'insuffler le moindre sarcasme ou la moindre jouissance dans la mise à mort de cette aristocratie toxique. Les décès s'enchaînent sans aucune inventivité visuelle, là où le spectateur réclamait une mise en scène plus organique, plus dure, plus viscérale. La photographie, d'un académisme léché, manque cruellement de contrastes pour souligner la dualité entre la misère du rejet et le luxe de la caste dominante.

En conclusion,

  • L'Ultime Héritier est une œuvre qui manque de mordant. À force de vouloir rester trop policé, le film oublie d'être le thriller social qu'il aurait dû être. On ressort de la salle avec le sentiment persistant d'avoir vu une coquille vide, un projet qui avait tout pour nous prendre aux tripes mais qui finit par nous laisser sur le bas-côté.
DirtyVal
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le 28 mars 2026

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DirtyVal

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