Risotto de français à la poudre noire

Son âpreté suffocante, son désespoir chronique et sa tristesse infinie, La 317ème section les puise essentiellement dans la quête constante de réalisme menée d’une main de fer par Pierre Schoendoerffer, chef d’orchestre exigeant d’un tournage de caserne pendant près d’un mois pour pouvoir la côtoyer. Lui qui avait vécu la guerre d’Indochine est parvenu à la retranscrire dans une histoire terrifiante en tirant à la fois parti de l’exercice documentaire, pour donner à ses images la puissance d’une immersion sans concession, et de l’œuvre de fiction pour dépeindre des personnages qui véhiculent ses convictions les plus profondes quand il ne joue pas avec la lumière pour puiser le meilleur d’une jungle inhospitalière et son potentiel visuel.


Car s’ils sont envahis d’une absolue détresse, les noirs et blancs que compose Pierre Schoendoerffer dans la 317ème section sont surtout d’une puissance formelle à toute épreuve. Leur force graphique s’exprime férocement dès qu’il s’agit de retranscrire le côté opprimant d’une végétation vietnamienne rendue dense et inquiétante par une météo difficile. Chaleur, humidité, moustiques, eau croupie se mêlent à la fête : entre deux batailles meurtrières, il est bien difficile de récupérer ses forces pour des soldats au bout du rouleau qui tentent toutefois de garder la tête haute en rigolant aux blagues que font les plus costauds d’entre eux. A l’image d’un Bruno Cremer impérial qui garde la tête froide en toute circonstance, la guerre est un contexte fait de pragmatisme qui ne laisse aucune place aux faux espoirs, aucun répit pour une quelconque célébration. Alors quand l’illusion d’une guerre juste s’ancre dans les pensées d’un jeune commandant idéaliste, le retour à la réalité est d’une violence inouïe.


En ce sens, la 317eme section est un film de guerre à part. Évitant, en toute circonstance, l’appel du spectaculaire, ses images sont la plus pure illustration de l’horreur qui les motive. C’est dans cette logique très dure que Pierre Schoendoerffer conclut son film, sans espoir ni accalmie, au contraire, puisqu’il choisit de baisser le rideau après avoir illustré la cuvette morbide de Dien Bien Phu, en laissant le soin à la voix off clinique qui avait déjà exposé férocement le contexte, d’énoncer le mot de la fin, éradiquant dans le même temps le seul élément de l’histoire potentiellement porteur d’espoir.

oso
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le 2 sept. 2015

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