Parmi divers couronnements inexplicables qu’offre l’académie des César depuis quarante-cinq ans, La balance fait office de figure de proue. Qui a-t-il bien pu séduire dans ces sphères ? Lorsque j’en avais fait la découverte, adolescent, le film m’avait paru un peu à part dans la catégorie Polars 80’s. C’est vrai qu’il est à la fois très français et ancré dans son époque, lorgnant autant outre-Atlantique vers le French Connection de Friedkin qu’il annonce un peu la décennie suivante, avec des contours qu’utilisera Tavernier dans L627 par exemple. Il avait donc un joli cachet de film mi-précurseur mi-anachronique, ça me plaisait bien. Hélas, mon souvenir n’était pas seulement imprécis, il était complètement à côté de la plaque. Je devais le confondre avec le Police, de Pialat, c’est pas possible. Je n’y ai quasi rien retrouvé de cet élan de fraicheur et de ce rythme qui m’avaient jadis séduit. Je dis « quasi » puisque le couple Baye/Léotard reste la bonne idée du film, personnages assez touchants dans l’ensemble, romantiques et déglingués. Cela suffirait presque si Bob Swaim avait construit son film autour d’eux – Après tout, « la balance » c’est lui, mais c’est elle aussi. Le problème c’est que le film est fasciné par les flics et qu’il croit créer de beaux personnages, en leur attribuant dureté et légèreté, personnages qui ne sont en fin de compte dessinés que sur un seul caractère, une punchline, une gueule, une blague. D’une part c’est donc très mal écrit, d’autre part tous sont absolument ridicules, cabotins ou absents. Chez les truands ce n’est guère mieux : Ronet joue de la moustache et se demande constamment ce qu’il fait là quand Karyo tente de la jouer Requin (la brute dans certains épisodes de James Bond) ce qui offre un couple de méchants taiseux vs bourrin bien stéréotypé. Le film est par ailleurs marqué par un déséquilibre permanent, tant il tente d’être nerveux, rêche, violent avant de systématiquement sombrer dans une ambiance relax très bizarre – à l’image de la fusillade en plein carrefour de Belleville, où l’on voit des innocents se faire buter froidement, avant que la séquence ne se termine par une blague de douille échouée dans un walkman. Belleville parlons-en : Swaim ne filme pas la ville, il ne doit pas la connaître, tout y est factice, prêt pour un tournage, bref ça ne l’intéresse pas. Dans un polar urbain c’est un peu gênant. Sa réalisation est par ailleurs tout à fait transparente quand elle n’est pas accompagnée d’effets cheaps et autres kitcheries musicales embarrassantes. C’est donc une bonne douche froide. Une douche froide à trois Césars. Dans un registre pas si éloigné mieux voit revoir l’excellent Neige (1981) de Juliet Berto & Jean-Henri Roger.

JanosValuska
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le 24 juil. 2021

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