J'aime bien Herzog. Un de mes cinéastes allemands préférés. Enfin je n'ai pas tout vu de sa filmographie mais ses projets m'intéressent tous, d'autant plus qu'il alterne fictions et documentaires depuis toujours, sans jamais se renier.
"Stroszek" est intéressant ne fut-ce que pour sa genèse : à la base, Herzog devait tourner un autre film avec le même acteur mais a senti que ce dernier n'était pas le choix idéal pour incarner le héros (lui préférant l'ami Klaus) ; l'acteur Bruno S. s'étant déjà impliqué au point de prendre un congé à son boulot, Werner s'est retrouvé forcé de lui en écrire un, par respect. Cela fut fait en 3 jours. C'est fort inspiré de la vie de l'acteur, ça traite de la misère sociale et de la désillusion du rêve américain. C'est assez fort dans les thématiques. Et le début m'a conquis narrativement parlant : beaucoup de contemplation, ce qui donne lieu à un aspect surréaliste et poétique, mais aussi des enjeux et des conflits pas insurmontables. La seconde partie, aux USA est moins passionnante. Herzog n'a plus grand chose à dire, il se contente de laisser ses personnages vivre en paix. Il faut attendre la fin du film pour que l'étau se resserre à nouveau, que les fameuses désillusions pointent leur nez. Le final est assez étrange mais est fort sympathique.
Assez curieusement, la dernière scène a posé des problèmes à beaucoup de techniciens qui refusèrent de la tourner. Je m'attendais donc à du gore ou que sais-je... Rien de tout cela. Sans doute une équipe qui n'avait pas foi en son réalisateur. De la même manière que le monteur de Werner a continué de monter ses films jusqu'à ce qu'il prenne sa retraite, malgré le fait qu'il n'aime pratiquement jamais le résultat. En tous cas, visuellement, la caméra est discrète, le tout étant filmé en un ou deux plans le plus souvent. Contemplation il y a , mais jamais de vide. Les personnages sont toujours actifs, il y a donc toujours quelque chose à regarder. J'aime beaucoup les films de ce réalisateur pour cette raison, il parvient à instaurer un rythme lent sans être réellement emmerdant.
Bref, "Stroszek" est un film sympathique mais qui comporte un sale coup de mou au milieu à cause d'une narration un peu pauvre par moment (sans doute est-ce le revers quand on parvient à écrire un scénario en seulement trois jours).