Voilà un bien curieux film, au titre totalement fantaisiste puisqu’il n’est question ni de diable ni de satanisme, mais seulement d’une vague poupée, tenue par une folle, et qui n’a en réalité aucune importance dramaturgique. Nous sommes ici en plein cinéma d’exploitation italien de la fin des années 1960, dont la logique n’est pas la cohérence mais l’accumulation d’éléments jugés vendeurs.
L’inspiration principale est manifestement « Les Diaboliques » de Clouzot, mais le film fonctionne surtout comme un patchwork opportuniste de tout ce qui pouvait attirer le public à l’époque : un « fantôme », un château lugubre, des machinations d’héritage, une gouvernante inquiétante, un monstre défiguré, un tueur masqué et ganté, des touches d’érotisme, un soupçon d’espionnage, une salle de torture, et même — summum de l’absurde — un gisement d’uranium.
« La Poupée de Satan » est un parfait exemple de ce cinéma qui ne cherche ni à raconter une histoire cohérente ni à construire une atmosphère maîtrisée, mais à empiler des motifs à la mode, sans hiérarchie ni nécessité narrative. Le film illustre cette période où le cinéma bis italien fonctionne par recyclage frénétique, mêlant gothique, thriller, proto-giallo, espionnage et érotisme soft dans une même œuvre, au mépris de toute unité de ton.
Le montage est révélateur de cette logique bricolée : faux raccords, scènes mal articulées entre elles, personnages dont on peine à comprendre l’utilité (notamment les deux amis des protagonistes principaux), et une espionne qui surgit littéralement de nulle part — « tout droit sortie d’un film de Jess Franco », comme le remarque avec humour Emmanuelle Le Gagne dans son article pour Culturopoing.
L’interprétation est globalement médiocre, en particulier chez les figurants (la scène de danse dans le bar est à cet égard édifiante), et l’ensemble donne l’impression d’un film désarticulé, comme si chaque séquence obéissait à une intention différente.
Ajoutons, cerise sur le gâteau, un générique totalement aberrant, constitué de photos du film qui en révèlent tous les moments clés — jusqu’à l’identité du tueur ! Une faute presque conceptuelle, tant elle résume l’amateurisme général de la production.
Le réalisateur, Ferruccio Casapinta, n’aura sévi qu’une seule fois. Selon l’actrice principale, il s’agissait d’un « parfait idiot ». Il semble d’ailleurs que le véritable artisan du film soit le chef opérateur Francesco Attenni, auteur d’une très belle photographie, l’un des rares points réellement réussis du film, et qui aurait en grande partie assuré la mise en scène tant le réalisateur était incapable de diriger ses acteurs.
Film bancal, absurde et souvent involontairement comique, « La Poupée de Satan » n’en demeure pas moins un témoignage fascinant du cinéma d’exploitation italien, dans ce qu’il a de plus opportuniste et désinvolte.
Cette curiosité, qui n’est jamais sortie en salle en France, est disponible dans une magnifique copie chez l’éditeur Le chat qui fume, éditeur dont on ne louera jamais assez le travail, avec, en bonus, une analyse très intéressante du film par Francis Barbier.