Pour son premier long-métrage, Justine Triet a choisi un sujet avec du potentiel. Un conflit familial très personnel, noyé dans un événement national. En l'occurrence, Laetitia est journaliste, et doit couvrir les résultats du second tour de l'élection présidentielle de 2012. Elle laisse ses deux jeunes enfants entre les mains d'un baby-sitter. Mais débarque l'ex-mari instable, qui entend faire respecter son droit de visite.
Soyez prévenus, la réalisatrice n'y va pas de main morte sur l'aspect cacophonique ! Cris d'enfants, stress de la mère journaliste, tensions apportées par l'ex-mari, bruits et embrouilles dans la foule, disputes... "La Bataille de Solférino" n'est pas un film détente. Justine Triet a le mérite de bien faire ressentir tout ce chaos. Et pour filmer cela, elle adopte une technique hybride, mêlant acteurs et scènes jouées, avec de vraies images de l'élection. Si bien que l'on ne sait pas si certaines interventions relèvent d'images prises sur le feu, ou d'acteurs très naturels.
En résulte un style très documentaire, qui fonctionne bien. Néanmoins j'ai eu du mal avec les personnages. Entre un baby-sitter amorphe, un petit ami déconnecté, une journaliste semi-irresponsable (pourtant incarnée de manière très convaincante par Lætitia Dosch), un pseudo avocat dont on se demande ce qu'il fait là (Arthur Harari, le conjoint de Justine Triet à la ville). Et l'ex-mari troublé, interprété par Vincent Macaigne qui sort de sa torpeur habituelle pour ici lever la voix (et la main...). Ils sont tous antipathiques, et ont tendance à enchainer les mauvaises décisions, jusqu'à un point qui dépasse l'entendement.
A la rigueur, c'est compréhensible sur les deux premiers tiers du film, qui visent à étouffer la protagoniste (et le spectateur). Moins sur le dernier tiers où apparaissent des confrontations pas saines, qui n'aboutissent pas vraiment.