À l’occasion de mon papier sur Peter Pan, j’avançais que ce dernier marquait un tournant qualitatif dans l’historique du studio aux grandes oreilles, chose que La Belle et le Clochard confirmait dans un premier temps. Quatre années plus tard, une autre belle prendra le relais pour un résultat en-deçà de mes espérances : il faut dire que ce Sleeping Beauty, dans la droite lignée de Blanche-Neige et Cendrillon, reprenait les codes d’un énième conte occidental à la sauce « Princess way », gage d’un récit gentillet mais limité.
Mais là où ses consœurs échouaient à transcender le matériau littéraire, il convient de reconnaître que La Belle au bois dormant dispose de quelques arguments en assurant l’unicité : d’entre tous, son vernis graphique fait figure de clé de voûte d’un divertissement flattant la rétine, ses inspirations d’ordre gothique (Très Riches Heures du duc de Berry d’après les connaisseurs) formant un tout des plus originaux. De surcroît, cette signature formelle tranche nettement avec le classicisme relatif des précédents long-métrages Disney, quand bien même les plus récents (les deux derniers) usaient savamment des avancées et innovations techniques à leur disposition.
Corrélé à cette empreinte gothique, le film marque les esprits par le biais de Maléfique : préférée à l’antagoniste originelle qu’était la fée Carabosse, la première apparition de l’iconique sorcière couple une imagerie impressionnante faite de jeux d’ombres et de couleurs (on songe à Fantasia et son Une Nuit sur le Mont Chauve) à une personnalité effaçant aisément des tablettes ses marâtres d’aînées. Naturellement, sa métamorphose finale fait office de point d’orgue d’une animation aussi irréprochable qu’inspirée, mais l’on en retiendra également son stoïcisme classieux entrecoupé d’airs sardoniques, son sourire sadique ajoutant au diabolique du personnage... à ceci près qu’elle est à mon sens plus ambivalente (ou moins lisse) qu’il n’y paraît (après tout, le manque de civilité du Prince Stéphane est avéré).
Autrement, la galerie principale ne casse pas trois pattes à un canard (les trois marraines-fées sont clairement fonctionnelles et archétypales), mais le long-métrage surprend un peu en bien en ce qui concerne ses deux tourtereaux, un duo plus travaillé qu’escompté (notamment Philippe, le prince tenant du simple ressort dans Blanche-Neige et Cendrillon) ; dans une veine plus humoristique, le tandem des paternels apporte une variation de ton efficace au sein de l’atmosphère générale, quand bien même les élans fantasmagorique infernaux de Maléfique domineraient les débats.
Et puis c’est à peu près tout : La Belle au bois dormant épouse pour le reste les grandes tendances propres au genre, dont l’intrigue ici des plus balisées rend compte d’une narration prévisible - seuls les coups d’éclats susnommés instaureront des dynamiques novatrices. Dans la droite lignée d’un visuel généreux et atypique, le film s’arroge donc l’approbation du spectateur par un biais formel, Maléfique faisant figure d’unique élément remarquable sur le plan scénaristique, plan qui remporte également le jeu du comparatif avec les autres productions Disney étiquetées « Saving Princess? ».